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Parti communiste chinois: Une expérience qui inspire

International

La trajectoire chinoise interroge les choix de développement du Bénin et les conditions d’un partenariat capable de transformer les ambitions en résultats concrets.

Par   Isidore GOZO, le 13 oct. 2026 à 09h52 Durée 3 min.
#Parti communiste chinois #Chine

« À l’heure actuelle, le Parti, le pays et le peuple multiethnique tout entier sont en train de travailler d’arrache-pied pour réaliser les objectifs avancés par le XVIIIe congrès du Parti communiste chinois, et d’aller vaillamment de l’avant dans la réalisation du rêve du grand renouveau de la nation chinoise ». Tenus le 20 juin 2013 par le président Xi Jinping lors d’une rencontre avec la nouvelle direction du Comité central de la Ligue de la jeunesse communiste, ces propos soulignent l’importance de la mobilisation collective dans le projet de modernisation de la Chine. En quelques décennies, le pays a profondément transformé son économie, développé ses capacités industrielles et scientifiques et renforcé son influence internationale. Au cœur de cette trajectoire figure le Parti communiste chinois (Pcc), acteur central de la planification nationale et de la conduite des politiques publiques. Cette expérience soulève une question pour le Bénin. Comment assurer la cohérence de l’action publique, développer les compétences nationales et inscrire les ambitions de développement dans la durée ?

Pour le professeur Sylvain Azankpo, spécialiste de science politique et des relations internationales, cette transformation s’explique notamment par l’histoire politique chinoise et les choix qui ont façonné son évolution. Après la chute de la dynastie Qing en 1912, les ingérences étrangères et le mouvement du 4 mai 1919 nourrissent les aspirations au renouveau national. Fondé en juillet 1921, le Pcc s’inscrit dans cette période de mutations. La proclamation de la République populaire de Chine, le 1er octobre 1949, sous la direction de Mao Zedong, ouvre une nouvelle phase. Les réformes économiques engagées en 1978 sous Deng Xiaoping accélèrent ensuite l’industrialisation et l’intégration du pays aux échanges mondiaux. Ce parcours n’a toutefois pas été linéaire. « La Chine a connu des difficultés, des erreurs politiques et des changements d’orientation », souligne Sylvain Azankpo. Selon lui, les résultats obtenus tiennent aussi à la préparation des politiques publiques, à la formation des cadres, aux investissements et au travail de la population. Sous Xi Jinping, le rôle dirigeant du Pcc demeure un principe fondamental du système politique chinois. L’étude de cette trajectoire invite ainsi à examiner les mécanismes qui ont contribué à la transformation du pays, sans occulter les difficultés rencontrées ni les particularités de son organisation politique.

Miser sur les compétences et la technologie

Le développement ne se résume pas à une succession de projets. Il exige des objectifs précis, des ressources adaptées et des mécanismes de suivi. La planification quinquennale constitue un instrument majeur de la stratégie chinoise. Selon Sylvain Azankpo, le 15e Plan quinquennal, couvrant la période 2026-2030, accorde une place importante à la modernisation industrielle, à l’innovation scientifique, aux technologies de pointe et au développement des compétences, dans la perspective de la modernisation socialiste de base à l’horizon 2035. « Pour le Bénin, l’un des enseignements réside dans la capacité à inscrire les politiques publiques dans une vision de long terme », explique l’universitaire. Il déclare qu’une infrastructure, une réforme éducative ou un programme industriel peut nécessiter plusieurs années avant de produire pleinement ses effets. Les changements de responsables ne devraient donc pas entraîner systématiquement la remise en cause des engagements structurants. Sylvain Azankpo fait savoir que cette continuité doit s’accompagner d’indicateurs mesurables, d’évaluations régulières et de la correction des mesures inefficaces. « Cette question rejoint les ambitions affichées par les autorités béninoises à travers la Vision Bénin 2060. Pour que cette perspective de développement produise des effets concrets, elle doit pouvoir s’appuyer sur des priorités clairement définies, des programmes cohérents et des mécanismes permettant d’évaluer les résultats obtenus. La planification ne consiste pas seulement à annoncer des objectifs lointains. Elle implique aussi de déterminer les moyens nécessaires, de répartir les responsabilités et de maintenir les efforts dans le temps », a affirmé l’universitaire.

La transformation chinoise repose également sur l’industrialisation, la recherche et les compétences scientifiques et techniques. Pour le professeur, le Bénin doit renforcer sa capacité à transformer ses matières premières, à entretenir ses équipements et à concevoir des solutions adaptées à ses besoins. « Le développement ne saurait durablement reposer sur l’importation de produits finis et d’équipements étrangers », souligne-t-il. « Cette ambition suppose des investissements dans l’éducation, la formation technique et professionnelle ainsi que la recherche scientifique. Ingénieurs, techniciens, chercheurs et travailleurs qualifiés doivent occuper une place centrale dans la stratégie nationale. Le renforcement des liens entre établissements de formation, centres de recherche et entreprises favoriserait également l’innovation et l’amélioration de la productivité», ajoute-t-il. Sylvain Azankpo indique que le transfert de technologies chinoises pourrait soutenir cette dynamique, à condition de dépasser la simple acquisition d’équipements. Une machine importée ne garantit pas l’autonomie technologique si les utilisateurs ne peuvent ni l’entretenir ni la réparer sans assistance extérieure. Cette exigence concerne aussi l’intelligence artificielle, la robotique et les technologies numériques, dont la maîtrise pourrait contribuer à réduire les dépendances et à stimuler l’innovation.

Convertir la coopération en richesses locales

Les relations entre Cotonou et Pékin offrent des possibilités concrètes. Le 18 mars 2026, le Bénin a lancé à Allada les exportations de son ananas « Pain de Sucre » vers le marché chinois. Cette ouverture commerciale offre de nouvelles perspectives aux producteurs, mais ses retombées dépendront de la capacité à améliorer la qualité, à respecter les normes des marchés de destination et à développer la transformation locale. Dans son discours prononcé le 29 septembre 2026 à Cotonou, à l’occasion du 77e anniversaire de la fondation de la République populaire de Chine, l’ambassadeur Zhang Wei a présenté cette exportation comme un exemple des opportunités offertes par la coopération économique entre les deux pays. Il a également évoqué les mesures de facilitation des échanges annoncées par la Chine en faveur des pays africains ayant établi des relations diplomatiques avec elle. Selon le diplomate, le marché chinois continuera d’offrir de nouvelles perspectives aux producteurs du continent. « Les filières de l’anacarde et du karité pourraient également bénéficier d’une meilleure structuration et d’une transformation plus poussée au Bénin », fait observer l’ambassadeur. La coopération sino-béninoise concerne aussi l’éducation et la mobilité. En septembre 2026, 33 bus offerts par la Chine ont intégré une flotte de 63 véhicules neufs destinés au transport universitaire. Desservant plusieurs villes et universités publiques, ces véhicules facilitent les déplacements des étudiants. L’ambassadeur a aussi indiqué que la coopération en matière de formation offre chaque année à environ 400 Béninois des possibilités d’échanges, d’apprentissage et de développement professionnel. Les jeunes occupent une place particulière dans ces échanges. Zhang Wei a cité les performances d’étudiants et de jeunes créateurs béninois dans des concours consacrés à la langue chinoise, à l’innovation, à l’intelligence artificielle et aux arts. Ces initiatives, selon le diplomate, contribuent à élargir les perspectives de formation et à encourager les collaborations entre jeunes talents des deux pays. « La Chine et le Bénin sont des compagnons de route, de véritables amis et de bons partenaires sur la voie de la modernisation », a déclaré Zhang Wei.

S’inspirer sans reproduire

L’expérience chinoise ne saurait être transposée intégralement au Bénin. Pour le professeur Sylvain Azankpo, les deux pays présentent des trajectoires historiques, des institutions et des systèmes politiques différents. «La Chine est organisée autour du rôle dirigeant du Pcc, tandis que le Bénin évolue dans un cadre démocratique pluraliste. Toutefois, la planification à long terme, la formation des cadres, l’investissement technologique et la continuité des politiques publiques peuvent être examinés indépendamment du modèle politique chinois », a lâché l’universitaire. Sylvain Azankpo note que cette continuité doit s’accompagner de transparence dans la gestion des ressources publiques, d’évaluations régulières et d’une capacité à corriger les erreurs. Elle doit également rester compatible avec la participation citoyenne et la prise en compte des besoins de la population. «Le développement suppose également une culture de l’intégrité et de la responsabilité. Les ressources publiques doivent servir l’intérêt général, tandis que l’éducation doit favoriser l’analyse, la créativité et la résolution de problèmes », estime-t-il. La jeunesse béninoise doit être considérée comme une force capable de participer à la conception et à la mise en œuvre des politiques publiques. Encore faut-il lui offrir des possibilités concrètes de formation, d’insertion professionnelle, d’expérimentation et de création d’entreprises. « L’expérience chinoise invite donc à réfléchir aux conditions qui permettent de transformer une ambition nationale en résultats mesurables. La continuité des politiques publiques, la mobilisation des compétences, la maîtrise technologique et la valorisation de la production locale constituent des pistes de réflexion pour le Bénin. Elles doivent néanmoins être adaptées aux réalités du pays, à ses ressources et aux attentes de sa population », a souligné le professeur.

Pour le Bénin, les enseignements à analyser concernent surtout la planification, la mobilisation des compétences, l’innovation et la continuité des programmes structurants. Le rapprochement entre le 15e Plan quinquennal chinois et la Vision Bénin 2060, souhaité par l’ambassadeur Zhang Wei, pourrait ouvrir des perspectives supplémentaires de coopération, à condition que les priorités communes se traduisent en projets réalisables et en retombées locales. « Le Bénin n’a donc pas à reproduire le modèle chinois, mais à en examiner les mécanismes, à en comprendre les limites et à en retenir les éléments compatibles avec ses institutions et ses ambitions. L’enjeu est de transformer les enseignements de cette expérience et les possibilités du partenariat sino-béninois en résultats durables pour la population », a conclu le professeur Sylvain Azankpo.