La Nation Bénin...
Après trois années
d’intervention dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest et du Sahel, le projet
« Pour des agendas féministes, Paix et Sécurité – Africaines de l’Ouest et du
Sahel, solidaires pour la paix » arrive à son terme. La clôture des activités de
cette initiative a été marquée, jeudi 5 novembre dernier à Cotonou, par un
atelier régional de capitalisation consacré aux acquis, aux expériences de
terrain et aux perspectives de pérennisation des actions.
Renforcer la participation des
femmes et des jeunes à la prévention des conflits, à la consolidation de la
paix et aux mécanismes de sécurité. C’est l’ambition poursuivie par le projet «
Pour des agendas féministes, Paix et Sécurité – Africaines de l’Ouest et du
Sahel, solidaires pour la paix », dont les activités ont pris fin après trois
années d’intervention. La rencontre de clôture organisée à Cotonou, à l’issue
de l’atelier régional de capitalisation, a permis de dresser le bilan des
actions menées et de mettre en lumière les changements impulsés dans les
communautés. Mis en œuvre au Bénin, au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire, au
Niger, au Tchad, au Togo et au Sénégal, le projet s’inscrit dans une dynamique
régionale visant à renforcer la contribution des organisations de femmes et de
jeunes à la mise en œuvre et au suivi des résolutions 1325 et 2250 des Nations
Unies, relatives respectivement aux femmes, à la paix et à la sécurité, ainsi
qu’aux jeunes, à la paix et à la sécurité. Portée par un consortium composé
notamment d’Equipop, de l’Ong Fad, de Gorée Institute et de Diakonia, avec le
soutien financier de l’Agence française de développement (Afd), à travers le
Fonds de soutien aux organisations féministes (Fsof), cette initiative a
favorisé l’émergence d’initiatives locales et le renforcement des capacités des
organisations partenaires.
Pour Romance Hounkpatin,
chargée de programme à Equipop, l’un des principaux enseignements du projet
réside dans la reconnaissance du rôle que jouent déjà les femmes et les jeunes
dans la préservation de la paix et de la sécurité au sein de leurs communautés.
« Grâce à ce projet, les femmes et les jeunes ont compris que les initiatives
qu’ils prennent pour la paix et la sécurité ne sont pas nouvelles. Ils
contribuent déjà à ces dynamiques par leur position stratégique et leur
proximité avec les communautés », a-t-elle expliqué. Selon elle, les femmes
disposent d'une capacité particulière à observer les réalités locales, à
détecter certaines tensions et à accéder à des espaces parfois difficiles
d'accès pour les forces de sécurité ou les autorités administratives. Le projet
leur a ainsi permis de mieux connaître les instruments internationaux qui
reconnaissent et légitiment leur contribution. Au nombre des résultats
enregistrés, Romance Hounkpatin relève la constitution de comités et de
groupements de femmes et de jeunes désormais capables de porter leurs
préoccupations, de formuler des propositions et de participer aux échanges avec
les acteurs locaux. Elle souligne également l'engagement croissant des
autorités et des leaders d'opinion en faveur des agendas Femmes, Paix et
Sécurité. Des décisions sont aussi prises aux niveaux national et régional pour
renforcer non seulement la présence des femmes et des jeunes, mais surtout leur
implication effective dans les processus décisionnels.
Des initiatives au cœur des
communautés
Au Niger, l'intervention du
projet a notamment permis de soutenir des organisations actives dans des zones
confrontées à une forte insécurité. Samiratou Pambert, cheffe de projet chargée
de l'accompagnement à l'Ong Fad, indique que sa structure a accompagné, au
cours des deux dernières années, quinze organisations nationales et locales,
sur les plans financier et technique. Cet appui a contribué au renforcement de
leurs capacités d'intervention et à une meilleure reconnaissance de leurs
actions sur le terrain. Dans les zones de Diffa et de Tillabéri,
particulièrement affectées par l'insécurité, certaines organisations ont ainsi
pu conduire des activités au profit de communautés souvent difficiles d'accès.
Des femmes ont été regroupées en associations et ont mis en place leurs propres
comités de paix. Ces structures interviennent dans la gestion des crises et
bénéficient désormais d'une reconnaissance auprès des autorités locales. Pour
Samiratou Pambert, ces résultats témoignent du renforcement de la légitimité
des organisations féminines dans les espaces de dialogue et de prévention des
conflits.
Au Bénin également, l'approche
a été saluée par les acteurs institutionnels. Représentant le directeur
départemental de la Famille et de l'action sociale du Littoral, Janvier Gaga a
mis en avant la pertinence des interventions dans les zones exposées aux risques
sécuritaires, notamment dans les départements du Nord. Il a relevé les actions
menées en faveur des femmes et des jeunes pour prévenir les conflits, lutter
contre les violences faites aux femmes et aux filles et promouvoir les
comportements favorables à la paix.
Pérenniser les acquis
Si les résultats obtenus sont
encourageants, les acteurs du projet appellent à maintenir la mobilisation.
Romance Hounkpatin estime que les avancées restent fragiles face à la
persistance des défis sécuritaires et à la contraction des financements à l'échelle
internationale. Pour elle, les portes ouvertes grâce au projet pourraient se
refermer si les alliances entre organisations, institutions et partenaires ne
sont pas consolidées. L'enjeu est donc de poursuivre l'accompagnement des
organisations féminines et juvéniles, de maintenir leur accès aux espaces de
décision et de renforcer les soutiens institutionnels, des communautés
jusqu'aux instances nationales et régionales. Au terme de cette initiative,
l'atelier de Cotonou aura ainsi permis de valoriser les expériences acquises et
de rappeler une exigence essentielle. Celle de faire des femmes et des jeunes
des acteurs pleinement reconnus de la prévention des conflits et de la
construction d'une paix durable en Afrique de l'Ouest et au Sahel.
Paix et sécurité en Afrique de l’Ouest et au Sahel