La Nation Bénin...
Une vidéo devenue virale sur TikTok prétend montrer François Compaoré, frère cadet de l’ancien président Blaise Compaoré, reconnaissant dans une déclaration face à la caméra des crimes et détournements au profit de la France. Une vérification minutieuse révèle plusieurs incohérences visuelles et factuelles, montrant qu’il s’agit d’un contenu manipulé, généré par l’intelligence artificielle.
Depuis quelques jours, une vidéo d’environ 2 minutes et 4 secondes circule sur les réseaux sociaux, notamment sur TikTok. Dans cette séquence, un homme présenté comme François Compaoré apparaît assis face à la caméra, vêtu d’un costume noir sur une chemise blanche et avec une cravate bleue. Sur la table devant lui figurent plusieurs objets à savoir: deux calepins, un stylo, un enregistreur et un téléphone portable. La vidéo s’ouvre par une déclaration supposée de l’intéressé : « Salut peuple du Burkina Faso. J’espère que vous ne m’avez pas oublié. Je suis François Compaoré, le petit frère de Blaise Compaoré… ». La séquence continue avec une série d’aveux présumés. L’homme affirme notamment vivre en Côte d’Ivoire avec son frère, reconnaissant avoir détourné de l’argent du peuple burkinabè et accusant la France de l’avoir abandonné après avoir profité du régime. La vidéo se termine par un message adressé aux dirigeants africains, leur demandant de ne pas considérer la France comme un allié. Dans les commentaires accompagnant la publication, un internaute s’interroge : « Si tu reconnais, c’est déjà un pas. C’est possible que ce soit un montage». Et un autre ajoute : « François Compaoré a retenu la leçon. Les dirigeants africains vont comprendre. La lutte continue ». La vidéo a rapidement généré plus de 10 000 mentions “j’aime” et près de 19 000 partages, preuve de sa large diffusion en ligne.
Des incohérences visuelles flagrantes
Une analyse attentive de la vidéo révèle plusieurs anomalies visuelles mettant en doute son authenticité. Certains objets présents sur la table apparaissent et disparaissent sans raison apparente, comme le deuxième calepin, visible à certains moments puis absent à d’autres dans le même plan. Des drapeaux de différents pays apparaissent et disparaissent également, alors que la position de la caméra reste fixe. Ces anomalies sont typiques des contenus générés ou manipulés par intelligence artificielle.
Au-delà des incohérences visuelles, le contenu de la déclaration soulève de sérieux doutes. Dans la vidéo, l’homme présenté comme François Compaoré affirme notamment avoir détourné de l’argent du peuple burkinabè, posséder des comptes et des biens en France issus de ces détournements, avoir participé à des assassinats et avoir aidé la France à piller les ressources du Burkina Faso, en évoquant même l’affaire du journaliste
Norbert Zongo, assassiné en 1998. Une confession publique d’une telle gravité aurait provoqué une réaction immédiate des médias internationaux et des autorités judiciaires. Pourtant, aucune source crédible ne rapporte de telles déclarations. Dans un entretien authentique publié dans les colonnes de l’hebdomadaire Jeune Afrique n°2959 du 24 au 30 septembre 2017, de la 28e à la 32e page et repris par Lefaso.net, François Compaoré adopte un ton très différent. Sur l’affaire Norbert Zongo, il affirme: « Je n’ai jamais été impliqué dans la mort de Norbert Zongo ». Concernant son retour au Burkina Faso, il affirme : « Quand le temps sera venu, nous rentrerons. Mon cœur et une grande partie de ma famille sont au Burkina ». Sur la justice et la sécurité, il précise : « Mes avocats ont investigué… ils n’ont trouvé aucune trace de ce mandat. Je suis donc serein et continue à vivre normalement ». Enfin, sur la chute du régime, il déclare :
« Nous avons commis une erreur politique. Il aurait sans doute fallu faire les choses autrement » et « Aujourd’hui les faits sont là. Il y a un problème sécuritaire qui n’existait pas sous Blaise Compaoré ». Ces déclarations documentées sont très éloignées des propos spectaculaires attribués à François Compaoré dans la vidéo virale.
La publication provient d’un compte TikTok nommé « ia panafricain ». L’analyse de ce profil montre qu’il diffuse régulièrement des vidéos attribuées à des personnalités politiques africaines, souvent avec des caractéristiques de deepfakes ou de contenus manipulés. Ces vidéos donnent l’impression que des personnalités tiennent des propos qu’elles n’ont jamais prononcés. Le fait que ce compte publie régulièrement ce type de contenus réduit fortement la crédibilité de la vidéo.
Verdict
La déclaration virale attribuée à François Compaoré sur TikTok n’est pas authentique. Les anomalies visuelles et les incohérences factuelles montrent qu’il s’agit d’un contenu manipulé, diffusé par un compte habitué aux deepfakes. Les propos réels de François Compaoré, rapportés par Jeune Afrique et Lefaso.net, révèlent une posture mesurée et documentée, très éloignée de la vidéo virale.