La Nation Bénin...

Forêt des singes de Kikélé : entre sacré, biodiversité et potentiel écotouristique

Environnement

Au cœur de l’arrondissement de Manigri, dans la commune de Bassila, département de la Donga, se cache un trésor peu connu : la forêt des singes de Kikélé. Classée parmi les quelque 2 900 forêts sacrées recensées au Bénin, elle allie richesses écologiques et valeurs culturelles ancestrales. Un patrimoine à la fois fragile et stratégique, qui mérite d’être protégé et mieux valorisé.

Par   Mariama SALIFOU (Coll.), le 12 août 2026 à 12h52 Durée 4 min.
#environnement

La forêt des singes de Kikélé abrite une grande diversité d’espèces végétales aux vertus médicinales et alimentaires, ainsi qu’une faune variée. Mais ce qui fait sa renommée, c’est la présence de primates noirs et blancs, vénérés par les populations locales. Trois espèces y ont été recensées, le "Colobus vellerosus" (colobe magistrat), avec environ 28 individus ;  le "Cercopithecus mona" (cercopithèque mone), dont 2 individus ont été observés ; et le "Galago senegalensis" (galago du Sénégal), espèce nocturne comptant une quinzaine d’individus.

Pour les habitants de la collectivité Mola de Kikélé, originaire d’Adjèdè, à la frontière bénino-togolaise, ces colobes ne sont pas de simples animaux. Ils incarnent les ancêtres. « Ces singes sont sacrés. Quand quelque chose de grave doit arriver au village ou dans une famille, l’un d’eux grimpe sur un arbre et pousse un cri particulier. Les sages le comprennent et organisent les rites nécessaires », explique Latifou Biaou, ancien guide touristique et chef du village. Il poursuit : « Il existe un lien spirituel entre nous et eux. Si je suis lié à l’esprit de ces singes-là, quand ma femme accouche, il y a aussi une mise bas dans la forêt. Si je décède, un singe meurt également. Nos aïeuls ont fait de ces primates quelque chose de sacré, que l’on ne retrouve chez aucun autre animal ». Cet héritage spirituel fonde la protection de la forêt et mobilise la communauté autour de sa conservation.

Vers une valorisation écotouristique

Six écogardes assurent la surveillance du site. Leur mission : lutter contre le braconnage, la coupe abusive de bois et toute forme de dégradation. Ils accompagnent également les visiteurs. « Nous recevons des touristes béninois et étrangers, mais la promotion du site reste insuffisante », note Ganiou Chabi, écogarde. « Avec une meilleure communication, la forêt des singes de Kikélé pourrait devenir une destination phare. Les colobes noirs et blancs, aussi appelés “singes à barbe blanche”, sont une attraction unique. »

Un modèle où culture et nature se protègent

La forêt de Kikélé dépasse le cadre du tourisme. C’est un lieu de mémoire, de spiritualité et de résilience écologique. Grâce au respect des traditions et à la vigilance des habitants, des espèces menacées comme le colobe magistrat continuent de survivre. L’écotourisme offre par ailleurs une alternative économique durable aux communautés locales.

Dans un contexte de déforestation croissante, Kikélé rappelle une évidence : préserver la nature, c’est aussi préserver notre histoire. La forêt des singes mérite d’être connue, visitée et protégée. Elle est, sans nul doute, l’un des autres trésors du Bénin.