La Nation Bénin...
Alors que l’Afrique subsaharienne tente de consolider sa reprise économique après plusieurs années de chocs successifs, de nouveaux risques assombrissent les perspectives. La croissance mondiale plus faible que prévu, les tensions commerciales et les difficultés d’accès aux marchés internationaux constituent désormais des menaces majeures pour les économies africaines.
Malgré une reprise progressive observée dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne, les perspectives demeurent fortement exposées aux turbulences de l’économie mondiale. Dans son rapport intitulé “État des lieux de l’économie africaine”, publié en avril 2026, la Banque mondiale alerte sur une série de risques susceptibles de freiner durablement la croissance du continent.
Parmi eux, le ralentissement de l’activité économique mondiale et les difficultés croissantes d’accès aux marchés internationaux. Selon le rapport, la croissance régionale devrait se maintenir à 4,1 % en 2026, un niveau identique à celui de 2025, mais les risques de ralentissement se sont nettement intensifiés. La Banque mondiale souligne que les tensions géopolitiques, notamment le conflit au Moyen-Orient, ainsi que les fragilités structurelles de nombreuses économies africaines, accentuent les incertitudes. L’un des principaux facteurs de vulnérabilité reste la faiblesse attendue de la croissance mondiale. Une activité économique internationale moins dynamique signifie automatiquement une demande plus faible pour les exportations africaines. Or, plusieurs économies subsahariennes demeurent fortement dépendantes des matières premières, des produits agricoles ou encore des ressources minières. Lorsque les grandes économies ralentissent, les débouchés commerciaux du continent se contractent et les recettes d’exportation diminuent. Cette situation est aggravée par la montée de la fragmentation commerciale mondiale. Depuis quelques années, les tensions entre grandes puissances économiques favorisent le repli protectionniste et la multiplication des barrières commerciales. Le rapport de la Banque mondiale met en évidence un environnement international marqué par une intensification des tensions commerciales et un climat d’incertitude politique croissante. Dans ce contexte, les économies africaines risquent d’être davantage marginalisées dans les chaînes de valeur mondiales. La fragmentation commerciale entraîne une réorganisation des échanges internationaux autour de blocs géopolitiques ou économiques privilégiés. Les accords commerciaux préférentiels conclus entre grandes puissances ou groupes régionaux peuvent réduire la compétitivité des produits africains sur certains marchés stratégiques.
Les barrières commerciales constituent également une menace directe pour les exportations africaines. Qu’il s’agisse de nouvelles exigences réglementaires, de restrictions tarifaires ou de normes techniques plus strictes, ces obstacles compliquent l’accès des entreprises africaines aux marchés internationaux. Pour des économies dont les capacités industrielles restent limitées, ces contraintes peuvent freiner les ambitions de diversification économique et industrielle.
Conséquences
Le rapport souligne d’ailleurs que les marchés africains eux-mêmes demeurent fragmentés et de petite taille, ce qui empêche les entreprises de réaliser des économies d’échelle suffisantes pour affronter la concurrence internationale. Cette situation renforce l’importance de l’intégration régionale, notamment à travers la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf), présentée comme un levier essentiel pour élargir les marchés et renforcer la résilience du continent face aux chocs extérieurs. Aussi, les difficultés d’accès aux marchés financiers internationaux préoccupent également les analystes. La Banque mondiale évoque un risque accru de resserrement des conditions financières internationales, avec une hausse potentielle des primes de risque et des coûts d’emprunt. Pour plusieurs États africains déjà confrontés à un endettement élevé, cette situation pourrait réduire davantage les marges budgétaires et compliquer le financement des investissements publics. Les pressions liées au service de la dette demeurent d’ailleurs particulièrement lourdes. Selon le rapport, le ratio du service de la dette extérieure par rapport aux recettes devrait passer de 15,4 % en 2024 à environ 18,2 % en 2025. Dans plusieurs pays, les dépenses consacrées au remboursement de la dette dépassent désormais celles allouées à la santé ou à l’éducation.
D’autres risques continuent également de peser sur les perspectives économiques du continent, même s’ils apparaissent moins centraux dans l’analyse actuelle. La Banque mondiale cite notamment les conséquences géopolitiques du conflit au Moyen-Orient, la volatilité des prix de l’énergie, les perturbations des chaînes d’approvisionnement, les risques inflationnistes, ainsi que les effets du changement climatique sur l’agriculture et la sécurité alimentaire. Les investissements directs étrangers pourraient eux aussi ralentir. Les pays du Golfe, devenus des investisseurs majeurs en Afrique ces dernières années, réévaluent leurs priorités dans un contexte international plus incertain. Cette situation pourrait retarder plusieurs projets stratégiques dans les secteurs de l’énergie, des infrastructures, de la logistique ou encore des mines. Face à ces multiples menaces, la Banque mondiale insiste sur la nécessité pour les pays africains de renforcer leurs fondamentaux économiques.