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Finances publiques en Afrique subsaharienne: Un redressement budgétaire sous pression de la dette

Economie

L’Afrique subsaharienne amorce une amélioration de ses équilibres budgétaires, portée par un redressement du solde primaire. Mais derrière ces progrès, le fardeau élevé des intérêts de la dette et des vulnérabilités persistantes continue de peser sur la stabilité macroéconomique de la région.

Par   Babylas ATINKPAHOUN, le 06 mai 2026 à 12h25 Durée 3 min.
#Finances publiques

L’Afrique subsaharienne enregistre des signaux encourageants en ce qui concerne la discipline budgétaire, mais reste confrontée à des fragilités structurelles majeures. Le dernier rapport de la Banque mondiale intitulé “État des lieux des économies africaines”, met en évidence une amélioration progressive du solde budgétaire primaire, tout en soulignant que les charges liées à la dette continuent d’absorber une part importante des ressources publiques. Depuis le choc économique provoqué par la pandémie de Covid-19, les États africains ont engagé un processus d’assainissement budgétaire. Cette dynamique se traduit aujourd’hui par une réduction significative des déficits primaires. Selon les données du rapport, le déficit primaire de la région, qui avait atteint un pic de 3,2 % du Produit intérieur brut (Pib) en 2020, devrait se rapprocher de l’équilibre dès 2026. Ce redressement s’explique en grande partie par les efforts des gouvernements pour mieux aligner les recettes sur les dépenses primaires. Autrement dit, hors service de la dette, les États parviennent progressivement à maîtriser leurs finances publiques. Entre 2024 et 2026, cette amélioration devrait concerner une large majorité de pays de la région, signe d’un ajustement budgétaire réel et relativement généralisé. Mais cette performance masque une réalité plus complexe. Si le solde primaire s’améliore, le déficit budgétaire global reste élevé. En cause, les paiements d’intérêts sur la dette, qui continuent de peser lourdement sur les finances publiques. Dans de nombreux pays, ces charges dépassent désormais les dépenses consacrées à des secteurs essentiels comme la santé ou l’éducation. Le rapport souligne que les paiements d’intérêts devraient se maintenir à des niveaux élevés, oscillant entre 2,9 % et 3,2 % du Pib sur la période récente. Cette situation limite considérablement les marges de manœuvre budgétaires des États, contraints de consacrer une part croissante de leurs ressources au remboursement de la dette plutôt qu’à l’investissement ou aux politiques sociales. Dans ce contexte, même si le déficit global se réduit progressivement, passant de 5,6 % du Pib en 2020 à environ 3,5 % attendu en 2026, cette amélioration reste fragile et largement conditionnée par la dynamique du service de la dette.

L’influence de la dette

Parallèlement, les ratios d’endettement public montrent des signes de stabilisation après une décennie marquée par une accumulation rapide de la dette. Cette évolution pourrait être interprétée comme un signal positif, traduisant un ralentissement de la dynamique d’endettement. Cependant, cette stabilisation ne signifie pas pour autant une réduction des risques. Les vulnérabilités sous-jacentes restent élevées, voire s’intensifient. Les économies africaines doivent composer avec des encours de dette importants, des conditions de financement plus strictes et une diminution des flux financiers extérieurs. L’un des principaux points d’inquiétude concerne le service de la dette extérieure. Le ratio du service de la dette rapporté aux recettes publiques est en hausse, ce qui traduit une pression accrue sur les finances des États. Cette évolution est d’autant plus préoccupante que les recettes fiscales restent limitées dans de nombreux pays, réduisant la capacité à absorber ces charges. En outre, la structure de la dette évolue vers des instruments plus coûteux, notamment les emprunts commerciaux et les euro-obligations, qui exposent davantage les pays aux fluctuations des marchés financiers internationaux. À cela s’ajoute une augmentation significative des remboursements du principal, qui accentue les tensions sur les trésoreries publiques. Le rapport met également en lumière une situation préoccupante en matière de soutenabilité de la dette. Près de la moitié des pays de la région sont aujourd’hui classés en situation de risque élevé de surendettement ou déjà en situation de surendettement. Cette réalité souligne la fragilité persistante de nombreuses économies, en particulier celles à faible revenu. Ces évolutions traduisent un dilemme structurel. Les États africains doivent à la fois poursuivre leurs efforts d’assainissement budgétaire, tout en répondant à des besoins croissants en matière d’investissements publics, de création d’emplois et de réduction de la pauvreté. Or, la contrainte budgétaire liée à la dette réduit leur capacité à agir. Chaque franc consacré au service de la dette est un franc de moins pour financer les infrastructures, l’éducation ou la santé. Ce mécanisme limite le potentiel de transformation économique et sociale de la région. Pour la Banque mondiale, l’enjeu pour les pays d’Afrique subsaharienne est désormais de consolider les acquis budgétaires tout en réduisant progressivement leur dépendance à l’endettement coûteux. Cela passe notamment par une meilleure mobilisation des ressources internes, une gestion plus efficace des dépenses publiques et une stratégie d’endettement plus prudente.