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« La fille de Toyoyomè »: Un film sur le calvaire des enfants des milieux lacustres

Culture

Jocelyn Kotso Nathaniels, journaliste béninois professionnel et cinéaste autodidacte, a choisi, à travers le documentaire La fille de Toyoyomè, de mettre en lumière les difficultés qu’éprouvent les enfants des milieux lacustres pour se rendre à l’école. Une œuvre qui lui a déjà valu une distinction honorifique au Festival international du film sur le droit de l’homme (Fifidho) de Niamey. Trois questions à l’auteur.

Par   Fortuné SOSSA (Coll.), le 23 juil. 2026 à 09h31 Durée 3 min.
#Festival international du film

La Nation : Qu’est-ce qui vous a inspiré la réalisation de votre film “La fille de Toyoyomè” ?

Jocelyn Kotso Nathaniels : J'ai voulu interpeller l'opinion publique en lui montrant que la précarité n’est pas seulement perceptible chez les enfants vivant sur la terre ferme. Pour ce faire, j’ai choisi le village de Toyoyomè, une localité située sur le lac Nokoué, dans le 4ᵉ arrondissement de Cotonou. L'idée était de montrer le quotidien de Sylvia, une adolescente de 14 ans, dans son milieu de vie.

Certes, certains enfants vivant sur la terre ferme connaissent des conditions de vie similaires à celles des enfants qui vivent sur l'eau. Mais Sylvia, elle, se rend à l’école à la nage, même si ce n’est pas le cas tous les jours. Ses parents l’expliquent d’ailleurs très bien dans le documentaire. Pour éviter que ses cahiers et ses livres ne soient mouillés, elle les confie à un camarade de classe qui se rend à l’école en pirogue. Parfois, elle confie également sa tenue kaki à une amie. Une fois arrivée à l'école, elle se sèche au soleil, à l'air libre, avant d'enfiler sa tenue.

 

Pourquoi avoir justement porté votre choix sur cette jeune fille ?

D'abord, j'ai voulu réaliser un film original. C'est pourquoi tout a été tourné dans l'espace lagunaire. Cette originalité réside aussi dans le dualisme religieux qui caractérise Sylvia. Membre de la chorale de l'Église du Christianisme céleste du village, elle est également très attachée aux croyances endogènes. A 14 ans, elle est la tante d'un neveu de 22 ans venu lui demander une bénédiction. « Adulte » en esprit, elle demeure néanmoins une jeune fille capable de pleurer, de s'adonner aux travaux domestiques, de s'amuser en batifolant dans les eaux du lac ou encore de se faire gronder par sa mère. Un autre aspect que j'ai présenté en filigrane concerne les pratiques culturelles du milieu. Sylvia utilise l'eau du lac pour faire la vaisselle, la lessive et laver sa petite nièce. Des investigations que j’ai menées auprès de plusieurs habitants, dont sa mère, il ressort que lorsque la marée est haute, l'eau de surface du lac est considérée comme « propre » et peut être utilisée. J'ai effectivement tourné le film pendant la période de crue. Pour nous qui vivons sur la terre ferme, cela peut parfois paraître scandaleux. Pourtant, il s'agit d'un pan de leur culture auquel ils ne peuvent se soustraire, car ils sont nés dans ce milieu lacustre et y ont grandi.

C’est votre premier essai cinématographique et vous décrochez déjà un prestigieux prix. Comment l’expliquez-vous ?

Je me suis dit que je ne perdais rien à envoyer le film dans les rencontres cinématographiques organisées sur le continent et ailleurs dans le monde. Je tenais à ce que des professionnels puissent juger mon travail. Je ne suis qu’un débutant et j’ai besoin des critiques des sachants pour m’améliorer.

Dès que j’ai été informé de la tenue du festival de Niamey, je l’ai envoyé sans hésiter, d’autant plus qu’il s’agissait d’une rencontre cinématographique consacrée aux droits de l’homme. A ma grande surprise, le film a séduit le jury, qui lui a décerné le Prix de la Croix d'Agadez. Le jury a particulièrement apprécié l’originalité du récit ainsi que la portée sociale du message. Pour moi, c’est une immense satisfaction. En effet, tout a été tourné dans l'espace lagunaire. Il s’agit d’un documentaire-portrait de 26 minutes qui aborde essentiellement des préoccupations relatives aux droits humains, notamment la précarité du quotidien, les problèmes environnementaux, l’autonomisation des femmes et, plus encore, le droit à l’égalité de tous les enfants béninois.

N’étant pas moi-même à Niamey, le trophée m’a été remis le 7 mai à Cotonou par Dimitri Sètondji Fadonougbo, délégué général des Rencontres cinématographiques et numériques de Cotonou (ReCiCo).