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Balafres : Quand les cicatrices racontent une identité culturelle

Culture
Au Bénin, les scarifications faciales ont longtemps occupé une place importante dans certaines communautés. Au Bénin, les scarifications faciales ont longtemps occupé une place importante dans certaines communautés.

Sur le front, les joues ou parfois jusqu’au menton, elles traversent les visages comme des lignes gravées dans le temps. Pour certains, ce ne sont que de simples cicatrices. Pour d’autres, elles sont bien plus que cela : les balafres racontent une origine, une appartenance, une histoire familiale et parfois même un héritage transmis de génération en génération.

Par   Mariama SALIFOU (Coll.), le 18 sept. 2026 à 11h31 Durée 4 min.
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Au Bénin, les scarifications faciales ont longtemps occupé une place importante dans certaines communautés. Mais avec la modernité et l’évolution des modes de vie, cette pratique traditionnelle tend progressivement à disparaître.

Dans le Nord du pays, notamment à Djougou, quelques personnes portent encore les traces de ces pratiques ancestrales. Longs traits appelés « Kpenzé » en dendi, scarifications désignées « Douma Douma », ou encore marques connues sous les appellations « Bélé » et « Mandè », ces signes varient selon les familles, les communautés et les traditions.

Autrefois, ces marques pouvaient permettre d’identifier l’appartenance à un groupe, une famille ou une lignée. Elles pouvaient également être associées à des rites de passage, à des croyances, à des pratiques de protection contre certains maux ou encore à des critères esthétiques.

Originaire de Djougou et aujourd’hui installée à Cotonou, dame Safiatou porte toujours sur son visage les traces de cette tradition. Scarifiée pendant son enfance, elle dit avoir longtemps vécu sans en comprendre la portée.

« Quand j’étais petite, je ne comprenais pas leur signification. Aujourd’hui, je sais qu’elles représentent une partie de mes origines. Mais certaines personnes se moquent encore de moi », confie-t-elle.

Si elle assume désormais cet héritage, Safiatou a pourtant choisi de ne pas reproduire la pratique sur ses propres enfants. « J’ai préféré d’autres cérémonies en lieu et place des balafres », explique-t-elle.

Elle estime également que les personnes balafrées peuvent encore faire face à des préjugés. « Il y a des portes qui peuvent s’ouvrir ou se fermer à ces personnes. Il faut donc rester neutre », souligne-t-elle.

Une pratique progressivement abandonnée


Pour Soumanou Ali-kpara, sage de Djougou, ces scarifications étaient loin d’être de simples marques corporelles. Elles pouvaient être liées à la naissance, à l’identité familiale, à l’appartenance princière ou non, mais aussi à la protection contre certaines maladies ou certains sorts.

« La modernité et la scolarisation ont défavorisé ces pratiques. Ce qui était autrefois une fierté identitaire, un héritage, est malheureusement bafoué par la génération actuelle », regrette-t-il.

Les analyses du sociologue Dr Aimé Tcheffa identifient, quant à elles, trois grandes fonctions de la scarification traditionnelle : thérapeutique, magico-religieuse ou préventive, mais aussi esthétique et identitaire.

Elle pouvait notamment servir de marqueur d’appartenance sociale, familiale ou clanique.

Cependant, même au sein de la tradition, le recours aux balafres n’est plus nécessairement considéré comme incontournable. Selon le professeur Léon Bio Bigou, enseignant-chercheur à l’Université du Bénin, il existe des possibilités de négociation avec les divinités pour éviter de porter certaines cicatrices.

« Tout est une affaire de négociation, même dans la tradition. Mais un refus catégorique peut avoir des conséquences », prévient-il.

Entre fierté identitaire, évolution des mentalités et regard parfois critique de la société, les balafres se font donc de plus en plus rares. Pourtant, derrière ces cicatrices qui s’effacent peu à peu, demeure une mémoire culturelle.