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Serment du président de la République: Portée historique et signification des douze coups de canon

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Romuald Wadagni Romuald Wadagni

Au Bénin, la prestation de serment lors de la cérémonie d’investiture du président de la République nouvellement élu est accompagnée d’une succession de douze coups de canon. Un exercice qui s’impose depuis toujours comme une tradition à la fois historique et symbolique. 

Par   Gaïus MAHUKLO AVOCE (Stag), le 19 juin 2026 à 02h21 Durée 3 min.
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Lors des cérémonies d’investiture au Bénin, le président élu est appelé à prêter. Cet exercice est accompagné d’une sonorité assourdissante, rythmée par douze coups de canon exécutés par les Forces armées béninoises (Fab), notamment par l’artillerie militaire. Selon le juriste Carelio Dorego, cette pratique constitue un héritage colonial provenant d’une tradition française, elle-même adoptée en 1842 auprès des Anglais. « Cette tradition puise ses racines dans le protocole militaire colonial hérité de la France, lui-même inspiré des anciennes traditions maritimes internationales », a-t-il affirmé. Autrefois fixée à vingt-et-un coups de canon, à l’instar de la France, cette pratique est passée récemment à douze coups lors de l’investiture du président Patrice Talon en 2021, dans une volonté d’adapter le cérémonial aux réalités nationales béninoises. Loin d’être un simple changement, cette évolution renvoie à une signification plus précise, ancrée dans les réalités du pays. « Les douze coups font référence aux 12 départements du Bénin. Une manière d’ancrer davantage la cérémonie dans l’identité territoriale du pays », a expliqué Issihako Zime Lafia, enseignant-chercheur et acteur politique. L’ancien secrétaire général de la Cour constitutionnelle, le professeur Gilles Badet, l’a également souligné: « Les douze coups de canon font référence à nos douze départements, car le Bénin est administrativement découpé en ces douze départements », a-t-il précisé. Les coups de canon répondent, selon Issihako Zime Lafia, à un protocole bien précis. « Devant la Cour constitutionnelle, le président élu prête serment avec l’accompagnement de ces coups de canon qui interviennent dès le début du serment et se poursuivent de manière synchronisée jusqu’au nombre retenu » a-t-il ajouté. Ce rituel contribue au renforcement de l’autorité du président. Selon Carelio Dorego, ces tirs jouent trois grands rôles dans le renforcement de l’autorité du président élu. « D’abord, les tirs, exécutés par l’armée, matérialisent de façon sonore et publique la soumission de la puissance militaire à l’autorité civile légitime qui vient de prêter serment. Ensuite, ils participent à la sacralisation de la fonction. Le bruit des canons confère une solennité mémorable à l’événement, marquant les esprits et rappelant la gravité de la charge. Enfin, ils nourrissent la ferveur populaire. Pour les citoyens, c’est le signal audible que le pays a un nouveau chef, consolidant ainsi sa légitimité psychologique et sociologique auprès de la population », a-t-il expliqué. Ces tirs traduisent également l’unité nationale et rappellent que le nouveau président de la République prête serment devant l’ensemble du peuple béninois, sur lequel il exercera désormais son autorité. Ils constituent en outre un hommage solennel rendu au chef de l’État au moment de son entrée officielle en fonction. Hérités des traditions militaires coloniales mais réinterprétés à l’aune des réalités nationales, les douze coups de canon qui accompagnent le serment présidentiel au Bénin symbolisent à la fois les douze départements du pays, l’unité nationale, la continuité de l’État et la légitimité de l’autorité du chef de l’État.