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Présidentielle 2026 : la Haac expose son dispositif médiatique aux missions d’observation africaines

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À deux jours de l’élection présidentielle du 12 avril 2026, les missions d’observation du Conseil de l’Entente et de l’Union africaine ont échangé, ce vendredi 10 avril, avec les responsables de la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication (Haac). Les discussions ont porté sur les mécanismes mis en place pour garantir un accès équitable aux médias, encadrer la communication électorale et prévenir les dérives informationnelles dans un contexte marqué par l’essor des médias numériques.

Par   Isidore GOZO, le 10 avr. 2026 à 14h14 Durée 3 min.
#la Haac expose son dispositif médiatique

Les missions d’observation du Conseil de l’Entente et de l’Union africaine ont été édifiées, ce vendredi 10 avril, sur les dispositifs mis en place par la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication (Haac) en vue d’assurer une couverture médiatique équitable et encadrée de l’élection présidentielle de 2026. Prenant la parole au nom du Conseil de l’Entente, Ousmane Salifou a tenu à préciser l’esprit dans lequel s’inscrit la mission d’observation. Selon lui, il s’agit avant tout d’un accompagnement solidaire d’un État membre engagé dans une étape déterminante de sa vie démocratique.

« La mission d’observation du Conseil de l’Entente est conduite dans un esprit d’accompagnement fraternel envers un État membre qui s’apprête à vivre une étape importante de la vie de la nation », a-t-il déclaré. Il a souligné que l’objectif n’est pas de juger ni d’évaluer le processus électoral, mais plutôt d’observer son déroulement et d’identifier d’éventuelles bonnes pratiques susceptibles d’être partagées avec d’autres pays membres de l’organisation.

Pour lui, la visite à la Haac se justifie pleinement au regard du rôle stratégique joué par l’institution dans la régulation des médias durant les périodes électorales. « Nous sommes ici pour vous écouter, comprendre le déroulement de vos activités et vous témoigner, une fois encore, notre solidarité fraternelle », a-t-il ajouté.

De son côté, le chef de mission de l’Union africaine, Sylvestre Ntibantunganya, a insisté sur l’importance des médias dans la réussite d’un processus électoral crédible et transparent. Il a rappelé que les missions d’observation rencontrent non seulement les acteurs politiques, mais aussi toutes les institutions qui participent à l’organisation et à la régulation des élections.

« Nous échangeons avec les candidats et les partis politiques, mais aussi avec des acteurs essentiels comme vous, dont le rôle consiste à diffuser et analyser les positions des uns et des autres », a-t-il expliqué.

Selon lui, les médias constituent un outil fondamental pour les candidats qui souhaitent faire connaître leurs programmes et convaincre les électeurs. Radios, télévisions et presse écrite deviennent ainsi des tribunes privilégiées dans lesquelles se joue une grande partie de la communication politique.

Il a également souligné la particularité de la mission de l’Union africaine, composée de 27 membres, avec une forte représentation féminine, traduisant une volonté d’adaptation aux réalités contemporaines.

Revenant sur son expérience personnelle de professionnel des médias dans les années 1990, il a évoqué l’impact historique de la Conférence nationale souveraine sur la démocratie béninoise, qu’il considère encore aujourd’hui comme une référence sur le continent africain. Dans un contexte régional marqué par des défis sécuritaires et politiques, il a salué la perspective d’une alternance politique au Bénin dans le respect de la Constitution.

Face aux préoccupations des missions d’observation, le conseiller Armand Hounsou a détaillé les dispositions prises par la Haac pour encadrer la couverture médiatique de la présidentielle.

Il a expliqué que l’institution a adopté plusieurs mesures visant à garantir l’égalité et l’équité entre les candidats, tout en veillant à la préservation de la paix sociale. Contrairement aux précédents scrutins, aucune décision spécifique relative à la précampagne n’a été prise cette année. La Haac a choisi de responsabiliser davantage les médias et les professionnels de l’information.

En revanche, une décision réglementant la période officielle de campagne a été adoptée. Celle-ci définit les formats d’émissions autorisés pour les candidats, notamment des magazines politiques et des programmes thématiques destinés à permettre aux candidats de présenter leurs projets de société.

Parmi les innovations introduites figure l’organisation d’émissions construites autour de thèmes précis définis par la Haac. Cette approche vise à orienter les interventions vers des sujets d’intérêt national et à éviter les discours purement promotionnels.

Le conseiller a également indiqué que l’institution a procédé à la sélection de plusieurs organes de presse chargés d’accompagner la campagne officielle. Au total, des radios, télévisions, médias en ligne et organes de presse écrite ont été retenus pour assurer la diffusion des programmes des candidats.

Un tirage au sort a été organisé pour déterminer l’ordre de passage dans les médias, tandis qu’un calendrier précis d’enregistrement et de diffusion a été établi. Les candidats ont par ailleurs signé une charte de bonne conduite, s’engageant à promouvoir la paix et la cohésion sociale.

Des sessions de formation ont été organisées à l’intention des professionnels des médias afin de renforcer leurs compétences en matière de traitement de l’information électorale. Parallèlement, des campagnes de sensibilisation ont été menées auprès de la population pour encourager un usage responsable des médias.

Le défi croissant des médias numériques

 

Clôturant les échanges, le président de la Haac, Edouard Loko, a mis en lumière les nouveaux défis liés à l’évolution rapide du paysage médiatique. Fort de près de trente années d’expérience en matière de régulation, il a rappelé que la Haac figure parmi les premières institutions africaines du genre.

Cependant, il a reconnu que l’essor des médias électroniques et des réseaux sociaux représente un défi majeur. « Aujourd’hui, les journalistes ne sont plus les seuls acteurs de l’information. Chaque citoyen peut produire et diffuser du contenu, ce qui transforme profondément le paysage médiatique », a-t-il souligné.

Pour faire face à cette mutation, la Haac a renforcé sa collaboration avec l’Autorité de régulation des communications électroniques et de la poste (Arcep), dans la perspective de la création future d’une « Maison du régulateur », destinée à favoriser la synergie entre institutions.

Le président de la Haac a également révélé que l’institution a développé une solution technologique permettant de suivre en temps réel les contenus diffusés sur les plateformes numériques. Cet outil contribue à lutter contre la désinformation et pourrait être partagé avec d’autres régulateurs africains.

Selon lui, l’objectif ultime demeure la promotion d’une utilisation responsable des médias et des réseaux sociaux, afin de garantir des élections apaisées et transparentes.