La Nation Bénin...
Présentée comme une réforme à vocation économique et non comme un nouvel échelon de la décentralisation, l’opérationnalisation des six pôles de développement territorial vise à mieux répartir les opportunités de croissance sur le territoire national. Le gouvernement ambitionne de s’appuyer sur les atouts des différentes régions pour créer des emplois, rapprocher les services sociaux et réduire les disparités entre les territoires.
« Il ne s’agit pas d’une nouvelle réforme de la décentralisation », insiste Wilfried Léandre Houngbédji, ministre porte-parole du gouvernement. Face aux interrogations que suscite l’opérationnalisation des pôles de développement territorial, il tient à lever toute ambiguïté. « Ce n’est pas un niveau supplémentaire de la décentralisation», clarifie-t-il. L’ambition affichée n’est donc pas de créer une structure administrative de plus entre les communes et l’État, mais de donner une nouvelle impulsion au développement économique des territoires. « Cette réforme est essentiellement économique et vise à apporter le développement au plus près des populations », explique-t-il. À travers cette orientation, le gouvernement veut faire en sorte que les potentialités propres à chaque région se traduisent davantage par des activités économiques, des infrastructures utiles et des services accessibles. L’enjeu est aussi de mieux répondre aux besoins des habitants sans concentrer toutes les possibilités de développement dans les mêmes espaces. Le ministre porte-parole souligne ainsi que cette dynamique doit permettre de rapprocher les services sociaux des populations et d’offrir davantage d’opportunités d’emploi aux jeunes.
Cette orientation prend forme avec la décision du Conseil des ministres du mercredi 7 octobre dernier portant création et organisation des six pôles de développement territorial. Le territoire national est réparti en six ensembles que sont le pôle Nord-Est, qui regroupe 14 communes ; le Nord-Ouest, avec 13 communes ; le Centre, qui en compte 15 ; le Sud-Est, avec 12 communes ; le Sud-Ouest, qui en rassemble 18 ; et le Grand-Nokoué, constitué de cinq communes. Le regroupement ne vise pas à effacer les spécificités locales, mais à organiser une action publique davantage tournée vers les complémentarités économiques et les possibilités de développement de chaque espace. Quatre domaines transversaux doivent notamment guider cette dynamique : l’agriculture, le tourisme, l’industrie et l’innovation. L’objectif est de mieux valoriser les ressources disponibles, de favoriser l’implantation d’activités productives et de stimuler les investissements en fonction des réalités de chaque pôle. Une région à fort potentiel agricole, par exemple, doit pouvoir tirer davantage parti de ses productions grâce à des activités de transformation et à de meilleures infrastructures. Ailleurs, les possibilités offertes par le tourisme, l’industrie ou les nouvelles technologies pourront servir de leviers. La création d’emplois figure au cœur de cette approche, avec l’ambition de donner aux jeunes davantage de perspectives professionnelles dans leurs territoires, plutôt que de les contraindre à partir vers les grands centres urbains pour trouver des débouchés.
Agenda clair
Dans la mise en oeuvre, le gouvernement veut toutefois avancer selon un calendrier précis. Le Conseil des ministres a retenu quatre phases d’opérationnalisation, d’octobre 2026 à décembre 2027. La première, prévue d’octobre à décembre 2026, doit permettre de mettre en place les mécanismes de gouvernance, de désigner les délégués généraux des pôles, d’installer le comité national et les équipes d’experts, puis d’établir un diagnostic des territoires et une cartographie de leurs potentialités. De janvier à mars 2027, la deuxième phase sera consacrée à l’identification des filières porteuses, à l’analyse des besoins, à la définition des facteurs d’attractivité et à la constitution d’un portefeuille de projets, accompagné de mesures incitatives. Entre avril et juin 2027, la troisième étape devra déboucher sur une feuille de route précisant les actions à conduire, les contributions attendues et les responsabilités des différents acteurs. Enfin, de juillet à décembre 2027, la quatrième phase portera sur le déploiement des projets prioritaires et la mise en place du suivi-évaluation. Le pilotage sera assuré par un comité national présidé par le chef de l’État, avec des délégations propres aux différents pôles.
Pour le porte-parole du gouvernement, cette organisation s’inscrit dans une continuité plutôt que dans une rupture. « Cette dynamique était déjà engagée lors des années passées. Il va maintenant falloir l’amplifier », affirme-t-il. Les actions déjà entreprises en matière d’infrastructures, de promotion de l’investissement et de développement économique doivent donc servir de base à une intervention plus cohérente et mieux ciblée. La nouveauté réside notamment dans la volonté de coordonner les initiatives à l’échelle des pôles, de mieux identifier les besoins et de faire converger les investissements vers des objectifs partagés. Mais le succès de cette démarche se mesurera moins à la mise en place des organes de gouvernance qu’aux changements perceptibles dans la vie quotidienne. Les populations attendent des routes praticables, des services de santé et d’éducation accessibles, des activités économiques durables et des emplois. Le défi sera de transformer les diagnostics et les feuilles de route en projets concrets, puis de veiller à leur réalisation. C’est à cette condition que les pôles de développement territorial pourront contribuer à réduire les disparités entre les régions et à rapprocher effectivement les fruits de la croissance des populations.
Wilfried Léandre Houngbédji, ministre porte-parole du gouvernement