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L'erreur originelle: Quand l'école confond réussite scolaire et réussite dans la vie

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Dr. Finagnon Fadonougbo Dr. Finagnon Fadonougbo

La tribune précédente interrogeait la philosophie de l'école. Celle-ci s'attaque à l'un de ses angles morts les plus tenaces : la confusion, entretenue depuis des décennies, entre réussite scolaire et réussite dans la vie. Une confusion qui ne coûte pas seulement aux individus — elle coûte à la nation entière.

Par   Dr. Finagnon Fadonougbo, le 30 juil. 2026 à 07h38 Durée 3 min.
#Rentrée Scolaire #réussite scolaire

« Tout ce qui compte ne peut pas nécessairement être compté, et tout ce qui peut être compté ne compte pas nécessairement. » - Albert Einstein

Il y a une conviction que presque toutes nos familles partagent, souvent sans même l'avoir formulée : un enfant qui réussit à l'école réussira dans la vie. On la transmet de génération en génération. On organise des familles entières autour d'elle. On fait des sacrifices pour elle.

Et si cette conviction était, en partie, fausse ?

Je ne dis pas qu'elle est absurde. Je dis qu'elle est incomplète. Et que son incomplétude nous coûte cher-collectivement, silencieusement, depuis des décennies.

Ce que nous voyons sans vouloir le voir

Regardez autour de vous. Pas dans les discours officiels - dans la vraie vie.

Combien de personnes que vous connaissez ont eu un parcours scolaire brillant et se débattent aujourd'hui avec des difficultés professionnelles ou personnelles que leurs notes n'auraient jamais laissé prévoir ? Et à l'inverse, combien d'élèves que leurs professeurs avaient à moitié abandonnés ont fini par bâtir quelque chose — une entreprise, une réputation, une famille solide, une contribution réelle à leur communauté ?

Ce n'est pas une exception. C'est un phénomène assez répandu pour mériter qu'on s'y attarde sérieusement.

La réussite scolaire et la réussite dans la vie ne sont pas la même chose. Elles se croisent parfois. Elles divergent souvent. Et nous faisons semblant de ne pas voir la différence.

Une école conçue pour trier, pas pour révéler

Il faut être honnête sur ce qu'est notre école dans sa philosophie profonde : une machine à sélectionner.

Ce n'est pas un jugement moral - c'est une réalité historique. L'école moderne a été construite pour identifier ceux qui poursuivraient leurs études, accéderaient aux fonctions administratives, intégreraient les élites. Les notes et les classements étaient des outils de tri efficaces à une époque où il fallait gérer de grands effectifs avec peu de moyens.

Le problème, c'est que nous avons fini par confondre l'outil avec l'objectif. Obtenir de bonnes notes est devenu une fin en soi. Avoir son enfant dans les premiers du classement est devenu une mesure de réussite parentale. Et personne ne s'arrête vraiment pour demander : mais en quoi tout ça prépare-t-il un être humain à la vie réelle ?

Ce que l'école ne voit pas

Quand un entrepreneur construit une affaire qui tient, ce n'est pas sa moyenne au baccalauréat qui fait la différence. C'est sa capacité à convaincre, à résister à l'échec, à lire les gens, à pivoter quand ça ne marche pas. Quand un responsable doit gérer une crise-dans une administration, dans une salle d'hôpital, dans une communauté en tension -ce n'est pas la qualité de sa mémoire qui compte. C'est son sang-froid, son intelligence relationnelle, son instinct.

Or ces qualités-là, l'école béninoise ne les enseigne pas vraiment. Elle ne les évalue presque jamais. Et donc, implicitement, elle leur dit qu'elles ne comptent pas.

C'est là que se joue quelque chose de grave.

Le drame silencieux

Pensez à un enfant qui n'a jamais été fort en français ni en mathématiques, mais qui a ce don rare de fédérer les autres, de sentir ce dont un groupe a besoin, de trouver le mot juste dans une situation tendue. À l'école, on lui a probablement dit qu'il était "moyen". Peut-être même qu'il a fini par le croire.

Ce qui s'est passé là n'est pas anodin. C'est la destruction progressive d'une confiance. Et cette confiance-là, une fois abîmée dans l'enfance, on passe parfois toute une vie à essayer de la reconstruire.

Nous ne saurons jamais combien d'entrepreneurs, de créateurs, d'innovateurs, de leaders naturels ont été étouffés à l'école non pas parce qu'ils manquaient de valeur, mais parce qu'ils ne rentraient pas dans les bonnes cases. Ce coût-là est invisible dans les statistiques. Il est réel dans les vies.

Le mythe du premier de classe

Soyons directs : être premier de classe n'est pas une garantie. Être dernier n'est pas une condamnation.

Ce que la vie récompense, ce n'est pas ce que l'enfant a été capable d'apprendre — c'est ce qu'il est capable de faire avec ce qu'il sait. Ce n'est pas la même chose. L'un se mesure à l'examen. L'autre se révèle dans l'épreuve, dans le projet, dans la relation, dans la durée.

L'école évalue le premier. La vie, elle, n'en a rien à faire.

Une question d'avenir national

Je ne dis pas tout cela pour démoraliser les familles qui investissent dans la scolarité de leurs enfants. Cet investissement est précieux et il faut le poursuivre.

Je dis que nous devons élargir notre définition de la réussite.

Une nation qui ne valorise que les performances académiques gaspille une part immense de ses ressources humaines. Elle produit des frustrations. Elle fabrique, sans le vouloir, des complexes d'infériorité qui se transmettent. Elle passe à côté de talents qui auraient pu contribuer, innover, construire.

La vraie question n'est donc pas : comment produire davantage de premiers de classe ?

Elle est : comment permettre à chaque enfant de devenir la meilleure version de lui-même ?

Ce glissement, en apparence subtil, change absolument tout — la façon d'évaluer, de former les enseignants, d'organiser les parcours, de parler aux familles.

C'est cette transformation-là que nous continuerons d'explorer dans les prochaines tribunes. En commençant par une conviction que je veux poser clairement: chaque enfant porte quelque chose. L'école n'a pas à décider si ça vaut quelque chose. Elle a à aider à le trouver.

Président Les Patriotes