La Nation Bénin...
Lancé
en 2021 avec l’appui financier de la Banque mondiale, le Projet d’inclusion des
jeunes (Prodij) a ciblé les jeunes peu ou pas instruits, en situation de
sous-emploi ou d’inactivité. Cinq années après son lancement, les premiers
résultats de l’évaluation de ses indicateurs ont été présentés et soumis, mardi
29 septembre à Cotonou, à l’appréciation du public et de la communauté
universitaire.
Le
rendez-vous de l’évaluation du Projet d’inclusion des jeunes (Prodij), mardi
dans les locaux de l’Ecole nationale d’économie appliquée et de management
(Eneam) n’était pas simplement destiné à dresser un bilan. Il s’agissait
surtout de confronter les résultats obtenus au regard des chercheurs et des
universitaires. Coordonnateur dudit projet, et directeur général de l’Agence
nationale pour l’emploi (Anpe), Urbain Amègbédji a rappelé sa singularité. «
Pour la première fois dans notre pays », a-t-il relevé, un programme de cette
ampleur s’est intéressé à des personnes « qui n’ont jamais été à l’école ou qui
ont au plus le niveau primaire », avec l’ambition de leur ouvrir une
perspective d’insertion économique.
Le
projet cible spécifiquement les jeunes de 15 à 30 ans, peu ou pas instruits, en
situation de sous-emploi ou d’inactivité avec pour triple ambition de favoriser
leur insertion dans l’emploi salarié ou l’auto-emploi, renforcer durablement
les services publics de l’emploi et améliorer les dispositifs de formation
technique et professionnelle. Déployé dans les douze départements, il a
notamment mis l’accent sur les zones vulnérables. Une attention particulière a
également été accordée aux femmes, avec un objectif d’au moins 50 % de
bénéficiaires féminines. L’un des programmes phares, Azoli, a ainsi proposé aux
jeunes différents parcours combinant formation en compétences de vie, stage en
entreprise, accompagnement à l’entrepreneuriat, élaboration de plans
d’affaires, subventions et appui à l’installation. Le volet consacré à la
formation professionnelle a, pour sa part, porté sur des métiers identifiés
comme porteurs, avec l’objectif de faciliter l’accès des jeunes à une
qualification répondant aux besoins du marché.
Le
défi d’une inclusion durable des jeunes socialement vulnérables
La
présentation s’est ainsi articulée autour du contexte, de la méthodologie, des
résultats quantitatifs et qualitatifs, avant d’aborder les enseignements, les
recommandations et les perspectives de collaboration avec le monde universitaire.
Pour mesurer les performances du projet, l’évaluation a été conduite autour des
cinq critères du Comité d’aide au développement de l’Organisation de
coopération et de développement économiques que sont pertinence, efficacité,
efficience, impact et viabilité.
Selon
les résultats présentés par le cabinet Centre de recherche et d’appui-conseils
pour le développement (Crad-Sarl), le dispositif a notamment atteint une
proportion élevée de jeunes correspondant à son public cible. L’objectif était
qu’au moins
80
% des bénéficiaires soient, au moment de leur entrée dans le programme, en
situation de sous-emploi ou sans activité. L’enquête révèle une proportion de
96 %. « La cible a donc été largement dépassée », a souligné le statisticien
Cephas Akpa, lors de la présentation. L’évaluation a porté sur 716
bénéficiaires pour le volet quantitatif, avec un échantillonnage organisé par
catégories de bénéficiaires et par sexe. Les enquêteurs ont travaillé avec un
niveau de confiance de 95 % et une marge d’erreur de 5 %. Le volet qualitatif
a, lui, permis de recueillir les perceptions de différents acteurs, notamment
des jeunes, des stagiaires, des conseillers en emploi et des entreprises. La
collecte a fait l’objet de plusieurs mécanismes de contrôle depuis la
supervision des agents enquêteurs, la vérification des données, « back-checks »
et les contrôles pour renforcer la fiabilité des résultats, ont laissé entendre
les évaluateurs du projet.
Malgré
les résultats encourageants enregistrés, l’exercice ne s’est pas voulu une
simple cérémonie d’autosatisfaction pour les responsables du projet. Le choix
de présenter les résultats à la communauté universitaire traduit une volonté de
soumettre les acquis et les limites du programme à une expertise extérieure. «Peut-être
avons-nous mal pris les éléments, peut-être avons-nous bien fait les choses.
Nous avons pris le risque de nous soumettre à votre appréciation », a expliqué
Urbain Amègbédji aux universitaires. Une posture saluée par les participants,
mais qui appelle surtout à une implication plus précoce de l’université dans
les projets publics. Le directeur de l’Eneam, professeur Albert N’Lédji
Honlonkou, a ainsi plaidé pour que l’université soit davantage associée à
l’avenir aux différentes étapes des projets, notamment dès leur conception.
Selon lui, la présence des chercheurs en amont permettrait d’apporter plus tôt
le regard scientifique, mais aussi de mieux documenter les résultats et les
effets des interventions publiques.
Pour
Moustapha Gibi Gaye, directeur du cabinet Crad-Sarl, l’évaluation ne constitue
pas un aboutissement. Elle doit également ouvrir de nouvelles pistes. Au-delà
des statistiques, le projet entend ainsi laisser une trace dans les parcours
individuels. Dans plusieurs localités, des jeunes qui se trouvaient sans
activité et sans perspective ont pu bénéficier d’un accompagnement leur
permettant d’envisager autrement leur avenir et en ont témoigné à l’occasion.
Le Prodij aura en tout cas, permis d’expérimenter une approche qui place au cœur
de l’action publique des jeunes souvent éloignés de l’école, de la formation et
de l’emploi. L’étape suivante sera de capitaliser les acquis, corriger les
insuffisances relevées par l’évaluation et surtout inscrire les enseignements
de cette expérience dans la conception des futures politiques d’inclusion
économique
Les autorités dressent le bilan du Projet d’inclusion des jeunes après cinq années de mise en œuvre