La Nation Bénin...
L’émotion était palpable à la Base navale de Cotonou, ce mercredi 30 septembre, lors de la cérémonie d’adieu aux armes du contre-amiral Fernand Maxime Ahoyo. Après plus de quatre décennies sous l’uniforme, l’un des visages les plus marquants de la marine béninoise quitte le service actif, laissant derrière lui une carrière bâtie sur la discipline, la compétence et le sens du devoir. A cette occasion, il a reçu les hommages du gouvernement à travers le ministre en charge de la Défense nationale.
Sous le soleil à la Base navale de Cotonou, les honneurs militaires ont résonné avec une saveur particulière. Mercredi, les Forces armées béninoises ont tourné une page de leur histoire en saluant le départ à la retraite du contre-amiral Fernand Maxime Ahoyo. Derrière les grades, les décorations et les fonctions occupées au fil des années, c’est surtout le parcours d’un homme entièrement consacré au service de son pays qui a été célébré.
Dans son intervention qui a tôt fait de prendre l’allure d’hommage, le ministre délégué auprès du président de la République chargé de la Défense nationale, Gildas Agonkan, a salué un officier dont la carrière s’étend sur plus de quarante ans. « Il est des jours qui comptent dans la vie d’une institution militaire. Des jours où l’on s’arrête pour mesurer ce qu’un seul homme, par son service, a apporté à tous les autres. Celui d’aujourd’hui en fait partie », a-t-il déclaré devant les autorités militaires, les proches du contre-amiral et les nombreux invités.
L’histoire de Fernand Maxime Ahoyo commence bien avant les galons d’amiral. Elle débute au Prytanée militaire de Saint-Louis, au Sénégal, où il apprend très jeune les valeurs de rigueur, d’effort et de discipline. Incorporé dans les Forces armées populaires du Bénin le 1er août 1985, il se distingue rapidement. Major au Certificat interarmes, puis major au concours d’entrée à l’École navale, il fait déjà partie de ces militaires dont les supérieurs perçoivent le potentiel.
La mer devient rapidement son univers. Formé à Brest, en France, entre 1986 et 1988, il participe en 1991 aux opérations Daguet et Artimon pendant la première guerre du Golfe à bord d’un navire de la marine française. Une expérience rare pour un jeune officier béninois de l’époque. De retour au pays, il poursuit son ascension au sein des Forces navales, occupant successivement plusieurs postes opérationnels avant de prendre le commandement du patrouilleur Le Patriote.
Mais la carrière de Fernand Maxime Ahoyo ne se résume pas aux missions en mer. En 1994, il part en Allemagne pour un long cycle de formation qui durera sept années. Au terme de ce parcours exigeant, il obtient un diplôme d’ingénieur en électrotechnique à l’Université des Forces fédérales allemandes de Munich. Une qualification qu’il mettra ensuite au service de la modernisation des capacités navales béninoises.
Responsabilités
Au début des années 2000, les responsabilités s’enchaînent. Directeur des Ateliers des Forces navales, chef de la Division des opérations, commandant de la Base navale de Cotonou, puis observateur militaire des Nations unies en République démocratique du Congo, il s’impose progressivement comme l’un des cadres les plus expérimentés de la marine béninoise.
L’année 2005 marque un tournant. Il devient le premier officier à être nommé commandant des Forces navales béninoises. Une responsabilité qu’il exercera pendant sept ans, à une période où les questions de sécurité maritime prennent une importance croissante dans le golfe de Guinée. Ceux qui l’ont côtoyé retiennent un chef exigeant, rigoureux mais profondément attaché à la formation des jeunes générations de marins.
La suite de son parcours le conduit aux plus hautes sphères de la défense nationale. Conseiller technique du ministre chargé de la Défense, chef de la Division mer au Cabinet militaire du président de la République, préfet maritime à partir de 2015, il contribue pendant plus d’une décennie à la gouvernance des espaces maritimes béninois, au croisement des enjeux de défense, de sécurité et de développement économique.
Son accession au grade de contre-amiral en 2024 vient couronner ce long parcours. Plusieurs distinctions nationales et internationales viendront également reconnaître son engagement. Mais mercredi, ce ne sont pas les médailles qui étaient au centre des regards. C’était plutôt l’homme derrière l’uniforme.
Le ministre Gildas Agonkan a d’ailleurs eu une pensée particulière pour la famille du contre-amiral. « On ne sert jamais seul », a-t-il rappelé. Derrière chaque affectation, chaque mission à l’étranger, chaque absence lors des fêtes ou des moments familiaux importants, il y a aussi une épouse, des enfants et des proches qui acceptent de partager les contraintes de la vie militaire.
Au moment où le contre-amiral Ahoyo quitte le service actif, les Forces armées béninoises ne peuvent plus disposer d'un officier expérimenté mais conservent une mémoire vivante. Évoquant la célèbre citation d’Amadou Hampâté Bâ, le ministre a souligné qu’un officier de cette expérience ressemble à une bibliothèque dont les pages restent ouvertes à ceux qui veulent apprendre. Un message adressé aux jeunes officiers appelés à prendre la relève.
Car au-delà des grades et des fonctions, l’héritage laissé par Fernand Maxime Ahoyo tient peut-être dans cette leçon simple: une carrière militaire se construit jour après jour, par le travail, la compétence, la loyauté et le sens du devoir. Après quarante et une années passées sous les couleurs nationales, l’amiral quitte le pont, mais son sillage continuera longtemps d’inspirer ceux qui naviguent derrière lui.