La Nation Bénin...
La flambée récente du prix du charbon de bois dans plusieurs villes du Bénin remet au premier plan les fragilités d’une filière devenue indispensable à de nombreux ménages. Face à la pression exercée sur les ressources forestières, l’État entend renforcer l’encadrement de la biomasse-énergie et accélérer la transition vers des solutions moins dommageables pour l’environnement.
A Cotonou et environs, le charbon de bois se négocie désormais à prix fort. Sur certains circuits d’approvisionnement, le sac qui revenait au consommateur final à environ 6 500 F Cfa est passé à 11 000 F Cfa, du jour au lendemain. Dans certains points de vente, le petit sachet qui se négociait autour de 250 F Cfa est proposé jusqu’à 500 F Cfa. Derrière cette hausse, la pression sur les ressources forestières se fait davantage sentir. Sur le terrain, des producteurs rapportent des contrôles renforcés des agents forestiers et des restrictions concernant certaines essences fortement recherchées pour la fabrication du charbon. Des équipements utilisés par des contrevenants seraient également saisis. Le transport n’échappe pas au resserrement du contrôle. La circulation du bois-énergie est soumise à des règles et à des titres de transport, avec des quotas destinés à limiter la surexploitation des ressources forestières. Producteurs, charbonniers et transporteurs supportent ainsi davantage de contraintes. Moins de bois accessible, plus de contrôles et des coûts logistiques accrus. Toute la chaîne répercute progressivement cette pression sur le prix final. La hausse actuelle apparaît ainsi comme l’un des effets économiques de la volonté de mieux protéger le couvert forestier. Le combustible reste fortement demandé alors que la ressource ligneuse qui l’alimente subit une pression croissante.
Pour les pouvoirs publics, l’enjeu dépasse donc désormais la seule question du prix. Il touche directement à la préservation du couvert végétal et à la capacité du Bénin à satisfaire durablement ses besoins énergétiques. L’État se trouve ainsi face à une équation délicate. Réduire les effets environnementaux d’une activité devenue difficilement soutenable, sans laisser sans solution les ménages qui dépendent du charbon ni les milliers de personnes qui en tirent des revenus. Et il parait évident que la réponse ne peut plus reposer uniquement sur le contrôle de l’exploitation forestière. Elle passe par une transformation progressive de la filière et, surtout, par la mise en place d’alternatives énergétiques réellement accessibles.
Protéger la forêt, désormais une priorité
Le constat environnemental justifie cette inflexion. Dans une publication du quotidien La Nation de mars 2025, le lieutenant-colonel Emmanuel Gbédji, alors directeur de la Biomasse-énergie et de la Valorisation des ressources forestières à la Direction générale des Eaux, Forêts et Chasse, indiquait que les formations forestières naturelles du Bénin avaient perdu 4 748,40 km² entre 2015 et 2022, soit environ 8 % de leur superficie initiale. Les taux annuels de déforestation et de dégradation étaient alors estimés respectivement à 1,51 % et 1,64 %. Le charbon de bois n’est évidemment pas l’unique facteur de cette évolution. L’agriculture, l’urbanisation, les infrastructures et les autres formes d’exploitation des ressources naturelles contribuent également à la transformation des espaces forestiers. Mais la demande de bois-énergie exerce une pression supplémentaire sur une ressource dont le renouvellement demande du temps. Le mécanisme est simple. Le bois est prélevé, transformé en charbon, transporté puis consommé.
Lorsque la demande augmente plus rapidement que la capacité de renouvellement de la ressource, les producteurs doivent aller plus loin pour trouver du bois. Les coûts de production et de transport augmentent, tandis que les espaces forestiers sont davantage sollicités. Cette économie fait vivre des familles. Mais elle dépend d’une ressource naturelle qui, elle, n’est pas extensible à l’infini. C’est précisément ce paradoxe qui pousse aujourd’hui à repenser la politique du bois-énergie.
Le gaz, une alternative à organiser
Si la protection de l’environnement doit primer dans les choix publics, elle ne peut être dissociée de la réalité énergétique des ménages. On ne peut pas demander à une famille de renoncer au charbon si le combustible qui doit le remplacer est inaccessible, trop cher ou difficile à trouver. C’est là que la question du gaz domestique prend toute son importance. La transition ne consiste donc pas simplement à dire moins de charbon. Elle suppose de construire progressivement un système dans lequel le gaz, l’électricité, le biogaz, les foyers améliorés et d’autres combustibles alternatifs peuvent prendre une part croissante dans les usages domestiques. Le gaz présente notamment l’avantage de ne pas nécessiter l'abattage d’arbres pour chaque cuisson. Mais son développement suppose une organisation efficace de toute la chaîne à savoir approvisionnement, stockage, distribution, disponibilité des bouteilles, sécurité des installations et maîtrise du prix de la recharge. Aussi, la question du coût est déterminante. Pour une famille aux revenus modestes, le choix énergétique est d’abord économique. Si le charbon demeure immédiatement disponible tandis que le gaz nécessite l’achat d’un équipement, et des recharges dont le coût peut varier, le changement d’habitude sera difficile à obtenir. C’est dire que la transition énergétique devra être accompagnée d’une politique permettant de rendre le gaz plus accessible. Cela peut passer par l’amélioration de la distribution, l’extension des points de vente, l’accompagnement des ménages pour l’acquisition des équipements et, selon les mécanismes retenus par les pouvoirs publics, des mesures permettant de contenir le coût d’accès au combustible. Il s’agit donc de créer les conditions économiques pour que le ménage puisse progressivement choisir une solution moins dommageable pour les forêts.
De nombreux ménages s’indignent contre la flambée du prix du charbon de bois