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Accessibilité aux cartes Cip et C’est Moi: 130 000 personnes enrôlées en huit mois

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Les maires, responsables de l’Ong Je Suis Citoyen Bénin et les bénéficiaires des Cartes  Cip et C’est Moi expriment leur satisfaction au terme de cette première phase de l’opération d’accompagnement des citoyens sans papiers Les maires, responsables de l’Ong Je Suis Citoyen Bénin et les bénéficiaires des Cartes Cip et C’est Moi expriment leur satisfaction au terme de cette première phase de l’opération d’accompagnement des citoyens sans papiers

En huit mois d’opération d’aide dans neuf communes du Bénin, l’Organisation non gouvernementale (Ong) « Je Suis Citoyen Béninois » a aidé plus de 130 000 citoyens dépourvus de carte d’identité à avoir accès à la carte « C’est Moi » et au Certificat d’identification personnelle (Cip) délivrées par l’Anip. Samedi 16 mai dernier, les maires de communes bénéficiaires, les responsables de l’Ong, les bénéficiaires et d’autres acteurs impliqués se sont donné rendez-vous à Sô-Ava pour faire le bilan de cette opération, tirer les grands enseignements et dégager des pistes pour surmonter les difficultés rencontrées et élargir l’opération.

Par   Ariel GBAGUIDI, le 18 mai 2026 à 08h43 Durée 3 min.
#Cip et C’est Moi

Des bénéficiaires exprimant leur joie, le Cip en main. Au Nord « j’ai vu un homme de la quatre-vingtaine couler des larmes parce que c’est la première fois de sa vie qu’il obtient une carte d’identité », témoigne un des responsables de l’Organisation non gouvernementale (Ong) « Je Suis Citoyen Béninois » qui a initié une campagne d’aide à l’obtention des cartes Cip et C’est Moi au profit des populations béninoises.

Après huit mois de campagne dans les arrondissements, villages et hameaux, le bilan est élogieux. Plus de 130 000 citoyens ont obtenu leur Cip, la preuve de leur appartenance à la République. Cela leur permet d’avoir également accès aux services financiers, de faire des achats en leur noms comme celui des cartes Sim, etc. Au-delà des chiffres, les acteurs de cette opération sont heureux de contribuer à une ambition plus large qui est de lutter contre « l’exclusion administrative » et renforcer la participation démocratique.

« L’initiative de l’Ong Je Suis Citoyen Béninois n’est pas une simple opération administrative. Elle est une œuvre de dignité humaine. Elle est une action de justice sociale », a déclaré André O. Todjè, maire de Sô-Ava. Il a insisté sur les conséquences de l’absence de documents d’identité dans les zones rurales et enclavées du pays. « Combien de femmes, de jeunes, de pêcheurs, d’artisans, d’agriculteurs ou de personnes âgées vivent encore sans pièce d’identité

officielle ? », s’est-il interrogé. Selon lui, cette situation prive de nombreux citoyens de leurs droits fondamentaux et les éloigne des services publics, du système bancaire, des démarches administratives et même du processus démocratique.

Pour André A. Todjè, le fort taux de participation observé lors de l’élection présidentielle du 12 avril 2026 démontre déjà l’impact concret de l’initiative. « Nous avons constaté une hausse significative du taux de participation électorale dans nos communes, surtout dans celle de Sô-Ava », a-t-il affirmé, estimant que l’accès à une identité administrative y a contribué et renforce la confiance des citoyens envers les institutions de la République. « Lorsqu’il obtient sa pièce d’identification, il se sent considéré. Et lorsqu’il se sent reconnu par la République, il participe davantage à la construction démocratique de son pays », a-t-il ajouté.

Initiative salvatrice

 

Lancée en septembre 2025, l’initiative portée par l’Ong « Je suis citoyen béninois » est née d’un constat simple. Des milliers de Béninois, bien que enrôlés au Ravip, ne disposaient toujours pas de leurs cartes Cip ou C’est Moi. Tokandji K. Houédako, président de l’Ong explique que l’organisation a choisi d’aller directement vers les populations pour les aider à régler définitivement le problème.

« Nous payons leurs déplacements, nous les amenons vers les sites de l’Anip, nous les ramenons et nous leur plastifions les cartes », a-t-il détaillé. Initialement prévue sur toute l’étendue du territoire national, l’opération s’est finalement concentrée sur neuf communes stratégiques à savoir Lokossa, Bopa, Kouffo, Zè, Toffo, Allada, N’Dali, Pèrèrè et So-Ava. Selon les responsables de l’Ong, cette réorientation stratégique répondait à une nécessité d’efficacité à l’approche des élections.

« On ne peut pas éparpiller notre énergie partout dans le Bénin. Il fallait se concentrer sur certaines zones », a expliqué le président de l’organisation.

En huit mois d’activités, plus de 130 000 citoyens ont été accompagnés dans leurs démarches administratives. Pourtant, les responsables de l’Ong refusent de considérer ce chiffre comme une pleine réussite. « On aurait pu faire beaucoup mieux s’il n’y avait pas eu des difficultés », a souligné Tokandji Houédako, évoquant des problèmes techniques récurrents comme les empreintes digitales défectueuses chez certains citoyens, des numéros Ravip non fonctionnels ou encore l’absence de tablettes dans certains arrondissements.

1 995 citoyens accompagnés à Sô-Ava

 

À Sô-Ava, l’impact du projet est particulièrement visible. Jean-Roi Ilénikoua, coordonnateur aux rapports de l’Ong et natif de Sô-Ava a indiqué qu’au démarrage des opérations, les équipes pensaient trouver « deux ou trois personnes par village » sans carte d’identité. Mais la réalité a été tout autre.

« Dès le troisième jour, on avait plus de 500 personnes sur la cour de la mairie », a-t-il raconté. Selon lui, l’affluence a rapidement démontré l’ampleur du problème dans la commune lacustre.

Au terme de cette phase de l’opération, 1 995 cartes ont été délivrées à Sô-Ava. Il salue l’implication des autorités locales et des points focaux mobilisés dans les arrondissements. Au-delà du bilan, les organisateurs veulent désormais inscrire l’initiative dans la durée. Les responsables de l’Ong annoncent une présence permanente dans plusieurs communes afin de continuer à répondre aux demandes des citoyens. « Si un citoyen nous appelle aujourd’hui pour une Cip, on lui envoie quelqu’un», a expliqué le président de l’organisation.

Le maire de Sô-Ava et ses collègues invités appellent, quant à eux, à une amplification de cette dynamique citoyenne. Ils se disent prêts et engagés à accompagner l’initiative. « Que notre engagement collectif permette à chaque Béninoise et à chaque Béninois d’exercer pleinement ses droits et devoirs civiques», a plaidé André O. Todjè. Il a annoncé des démarches pour faire adhérer d’autres communes à l’initiative de l’Ong.

La rencontre s’est achevée sur une note de fraternité et de valorisation culturelle, avec la visite de la cité lacustre de Ganvié, présentée par le maire comme « un symbole mondial de résilience, de courage et d’ingéniosité humaine »¦