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Éducation et bien-être scolaire: « L’école ne doit plus être un transmetteur de blessures »

Société
Amédée Attolou auteure et thérapeute du cœur Amédée Attolou auteure et thérapeute du cœur

À travers son ouvrage « Apprendre sans blessures scolaires », l’auteure et thérapeute du cœur, Amédée Kpozé-Attolou plaide pour une éducation plus humaine, émotionnellement sécurisante et réparatrice. Entre expériences vécues, regard critique sur l’éducation et propositions concrètes, elle invite enseignants, parents et apprenants à repenser la manière d’apprendre et d’accompagner l’enfant. Dans cet entretien, elle revient sur les motivations de son livre et les transformations qu’elle espère susciter.

Par   Lhys DEGLA, le 08 mai 2026 à 07h32 Durée 3 min.
#conseil avisé #Education

Qu’est-ce qui vous a motivée à écrire Apprendre sans blessures scolaires ?

Déjà à la base je suis née d'un père Enseignant qui est actuellement à la retraite. Ce livre est né d’un constat douloureux mais réel : trop d’enfants apprennent dans la peur, la comparaison et la dévalorisation, en proie aux violences tant morales que sexuelles. J’ai été touchée par ces silences d’élèves brillants mais brisés intérieurement, et par ces adultes encore marqués par leur parcours scolaire. Beaucoup d'enseignants n'ont pas encore compris l'importance de l'éducation émotionnelle et thérapeutique pour un apprentissage plus doux et bienveillant. De même beaucoup de parents sont malheureusement aussi dans la posture des premiers acteurs qui sont la cause du décrochage scolaire de beaucoup d'apprenants. J’ai ressenti une urgence : redonner à l’apprentissage sa dimension humaine, sécurisante et réparatrice.

Comment définissez-vous une “blessure scolaire” ?

Une blessure scolaire est une empreinte émotionnelle négative laissée par une expérience éducative : humiliation, rejet, échec mal accompagné, comparaison destructrice etc... Ce n’est pas seulement une difficulté académique, c’est une atteinte à l’estime de soi, à la confiance et au rapport au savoir.

Quelle idée essentielle souhaitez-vous que le lecteur retienne après lecture de votre ouvrage ?

On peut apprendre sans être brisé. L’éducation ne doit jamais coûter l’identité, la dignité ou la paix intérieure de l’enfant. Un enfant sécurisé émotionnellement apprend mieux, plus profondément et durablement.

Quelles sont, selon vous, les erreurs les plus fréquentes du système éducatif ?

L’accent excessif sur la performance au détriment de la personne, la banalisation des humiliations pédagogiques, l’absence d’éducation émotionnelle, et le manque de formation des enseignants sur l’impact psychologique de leurs paroles et attitudes.

Votre livre s’appuie-t-il sur des expériences vécues ou des cas concrets marquants ?

Oui. Il est nourri d’expériences réelles, d’observations de terrain, de témoignages implicites et de situations qui reflètent ce que vivent beaucoup d’apprenants et même certains enseignants encore marqués par leur propre histoire scolaire.

En quoi votre approche se distingue-t-elle des méthodes éducatives traditionnelles ?

Mon approche intègre l’émotionnel au cœur de l’apprentissage. Elle ne sépare pas l’intelligence cognitive de l’intelligence du cœur. Elle propose une pédagogie consciente, réparatrice, thérapeutique et vise autant la réussite académique que la guérison intérieure.

Proposez-vous dans l’ouvrage des outils ou solutions pratiques pour les enseignants et les parents ?

Oui, le livre propose des clés concrètes : des postures à adopter, des paroles à privilégier, des exercices de réparation émotionnelle, ainsi que des stratégies pour créer un environnement d’apprentissage sécurisant et valorisant.

Quel type de transformation un lecteur peut-il espérer après avoir parcouru votre livre ?

Une transformation de regard. Le lecteur apprend à voir l’enfant au-delà de ses notes. Il développe une posture plus consciente, plus douce et plus efficace. Il devient un acteur de guérison plutôt qu’un vecteur de pression. Il opte pour être un modèle de sécurité émotionnelle plutôt que d'être un transmetteur de traumas.

À qui s’adresse prioritairement cet ouvrage : parents, enseignants ou apprenants ?

Il s’adresse aux trois. Aux enseignants pour mieux accompagner, aux parents pour mieux comprendre, et aux apprenants pour se reconstruire et reprendre confiance en leur capacité à apprendre.

Pourquoi ce livre est-il, selon vous, nécessaire dans nos sociétés aujourd’hui ?

Parce que nous sommes à une époque où les blessures invisibles sont nombreuses. Beaucoup réussissent extérieurement mais sont fragiles intérieurement. Il est temps de bâtir une éducation qui élève sans blesser, qui forme sans détruire, et qui guérit en même temps qu’elle instruit. L'école ne doit plus être un transmetteur de blessures scolaires mais un cercle thérapeutique autant pour l'apprenant que l'enseignant lui-même.