La Nation Bénin...
Plus de trois mois après
l’escalade du conflit, le Liban fait face à une crise humanitaire d’une ampleur
inédite depuis des décennies. Plus d’un million de personnes ont été déplacées,
tandis que les infrastructures sanitaires, les réseaux d’eau et les terres
agricoles subissent de lourdes destructions. Face à une situation qui ne cesse
de se détériorer, les Nations Unies lancent un nouvel appel d’urgence.
Depuis Beyrouth, le
coordinateur humanitaire des Nations unies au Liban, Imran Riza, a dressé un
constat alarmant. En l’espace de quelques mois, l’escalade des violences a fait
plus de 3 500 morts et près de 10 000 blessés. Plus d’un million de personnes
demeurent déplacées à travers le territoire, tandis qu’au moins 1,4 million
d’habitants nécessitent désormais une aide humanitaire.
Dans plusieurs régions du sud
du pays, des quartiers entiers ont été réduits en ruines. Les bombardements ont
également touché des hôpitaux, des centres de santé et des infrastructures
essentielles, compliquant davantage l’accès aux soins. Les terres agricoles,
pilier de l’économie locale dans de nombreuses zones rurales, ont été gravement
endommagées. « Les cicatrices psychologiques de ce conflit perdureront bien
au-delà de la fin des combats », a averti Imran Riza, évoquant sa récente
visite auprès de familles déplacées dans la ville côtière de Tyr. Certaines
d’entre elles ont été contraintes de fuir à cinq reprises depuis le début des
hostilités, dans l’espoir toujours déçu de retrouver une stabilité durable.
Population déplacée à
répétition
La crise prend désormais un
caractère prolongé. Selon les estimations des Nations Unies, au moins 200 000
personnes pourraient ne pas être en mesure de regagner leurs villages situés le
long de la ligne de front dans un avenir proche. Nombre de déplacés ont tenté
de rentrer chez eux après des périodes d’accalmie, avant d’être forcés de
reprendre la route à la suite de nouvelles frappes. Cette mobilité forcée
répétée accroît la précarité des familles et épuise les capacités d’accueil des
communautés hôtes, elles-mêmes fragilisées par la crise économique qui frappe
le Liban depuis plusieurs années. Quelque 28 000 personnes se trouveraient
encore dans les zones les plus exposées aux combats, au sud de la ligne dite «
jaune » d’évacuation. Avec l’arrivée de l’été, la question de l’accès à l’eau
devient particulièrement préoccupante. De nombreuses installations hydrauliques
ont été endommagées, faisant craindre une aggravation des risques sanitaires.
Les femmes enceintes parmi les
plus vulnérables
Au-delà de l’urgence
humanitaire immédiate, les agences onusiennes alertent sur l’émergence d’une
crise sanitaire et de protection. Depuis Le Caire, Andrew Saberton, directeur
exécutif adjoint du Fonds des Nations unies pour la population (Unfpa), a souligné
que près d’un million de personnes restent déplacées, parmi lesquelles environ
16 000 femmes enceintes. « Presque toutes les personnes que j’ai rencontrées au
Liban souhaitent rentrer chez elles. Mais beaucoup n’ont plus de maison où
revenir », a-t-il déclaré. La destruction ou la fermeture de nombreux
établissements de santé complique fortement l’accès aux soins maternels. Les
femmes et les jeunes filles sont également davantage exposées aux violences
fondées sur le genre. Dans le sud du Liban, un centre soutenu par l’Unfpa, l’un
des rares encore en activité dans la région, a lui-même été touché par des
bombardements. « Les infrastructures de santé ne devraient jamais être des
cibles », a insisté M. Saberton.
Appel urgent à la communauté
internationale
Face à l’ampleur des besoins,
les Nations unies ont annoncé le lancement d’un nouvel appel humanitaire
d’urgence. Les contributions internationales reçues jusqu’à présent, environ
190 millions de dollars, ont permis d’assister plus de 600 000 personnes depuis
le début de l’année. Mais les besoins dépassent largement les ressources
disponibles. L’Onu estime désormais à 331 millions de dollars les financements
nécessaires pour venir en aide à 1,4 million de personnes au cours des
prochains mois, portant le montant total de l’appel humanitaire à près de 640
millions de dollars jusqu’à la fin du mois d’août. L’Unfpa, de son côté,
sollicite 25 millions de dollars afin de soutenir 400 000 bénéficiaires. À ce
jour, seulement 16 % de cette somme a été réunie. Les responsables onusiens
mettent en garde contre le coût humain d’un sous-financement de l’aide. Sans
soutien accru, la crise humanitaire risque de se transformer en catastrophe
durable, avec des conséquences profondes sur la santé, la sécurité alimentaire,
l’accès à l’eau et la cohésion sociale.
Espoir d’un cessez-le-feu
Au-delà des besoins
financiers, les Nations unies rappellent que seule une cessation complète des
hostilités permettra d’enrayer la détérioration de la situation. Les
responsables humanitaires appellent toutes les parties à respecter le droit
international humanitaire, à garantir un accès sûr et sans entrave aux
populations civiles et à permettre aux personnes fuyant les combats de circuler
en toute sécurité.
Alors que des négociations
diplomatiques sont en cours, l’Onu nourrit l’espoir que les prochains mois
permettront d’éviter un nouvel appel d’urgence. Mais sur le terrain, pour des
centaines de milliers de Libanais privés de foyer, d’emploi ou d’accès aux
services essentiels, la paix demeure encore une perspective lointaine.
Les populations civiles continuent de vivre dans la peur