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Liban : alerte sur une catastrophe humanitaire qui s’enracine

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Les populations civiles continuent de vivre dans la peur Les populations civiles continuent de vivre dans la peur

Plus de trois mois après l’escalade du conflit, le Liban fait face à une crise humanitaire d’une ampleur inédite depuis des décennies. Plus d’un million de personnes ont été déplacées, tandis que les infrastructures sanitaires, les réseaux d’eau et les terres agricoles subissent de lourdes destructions. Face à une situation qui ne cesse de se détériorer, les Nations Unies lancent un nouvel appel d’urgence.

Par   Catherine Fiankan-Bokonga, Correspondante accréditée auprès de l’Office des Nations Unies à Genève (Suisse), le 05 juin 2026 à 19h18 Durée 4 min.
#Les populations civiles continuent de vivre dans la peur #liban

Depuis Beyrouth, le coordinateur humanitaire des Nations unies au Liban, Imran Riza, a dressé un constat alarmant. En l’espace de quelques mois, l’escalade des violences a fait plus de 3 500 morts et près de 10 000 blessés. Plus d’un million de personnes demeurent déplacées à travers le territoire, tandis qu’au moins 1,4 million d’habitants nécessitent désormais une aide humanitaire.

Dans plusieurs régions du sud du pays, des quartiers entiers ont été réduits en ruines. Les bombardements ont également touché des hôpitaux, des centres de santé et des infrastructures essentielles, compliquant davantage l’accès aux soins. Les terres agricoles, pilier de l’économie locale dans de nombreuses zones rurales, ont été gravement endommagées. « Les cicatrices psychologiques de ce conflit perdureront bien au-delà de la fin des combats », a averti Imran Riza, évoquant sa récente visite auprès de familles déplacées dans la ville côtière de Tyr. Certaines d’entre elles ont été contraintes de fuir à cinq reprises depuis le début des hostilités, dans l’espoir toujours déçu de retrouver une stabilité durable.

Population déplacée à répétition

 

La crise prend désormais un caractère prolongé. Selon les estimations des Nations Unies, au moins 200 000 personnes pourraient ne pas être en mesure de regagner leurs villages situés le long de la ligne de front dans un avenir proche. Nombre de déplacés ont tenté de rentrer chez eux après des périodes d’accalmie, avant d’être forcés de reprendre la route à la suite de nouvelles frappes. Cette mobilité forcée répétée accroît la précarité des familles et épuise les capacités d’accueil des communautés hôtes, elles-mêmes fragilisées par la crise économique qui frappe le Liban depuis plusieurs années. Quelque 28 000 personnes se trouveraient encore dans les zones les plus exposées aux combats, au sud de la ligne dite « jaune » d’évacuation. Avec l’arrivée de l’été, la question de l’accès à l’eau devient particulièrement préoccupante. De nombreuses installations hydrauliques ont été endommagées, faisant craindre une aggravation des risques sanitaires.

Les femmes enceintes parmi les plus vulnérables

 

Au-delà de l’urgence humanitaire immédiate, les agences onusiennes alertent sur l’émergence d’une crise sanitaire et de protection. Depuis Le Caire, Andrew Saberton, directeur exécutif adjoint du Fonds des Nations unies pour la population (Unfpa), a souligné que près d’un million de personnes restent déplacées, parmi lesquelles environ 16 000 femmes enceintes. « Presque toutes les personnes que j’ai rencontrées au Liban souhaitent rentrer chez elles. Mais beaucoup n’ont plus de maison où revenir », a-t-il déclaré. La destruction ou la fermeture de nombreux établissements de santé complique fortement l’accès aux soins maternels. Les femmes et les jeunes filles sont également davantage exposées aux violences fondées sur le genre. Dans le sud du Liban, un centre soutenu par l’Unfpa, l’un des rares encore en activité dans la région, a lui-même été touché par des bombardements. « Les infrastructures de santé ne devraient jamais être des cibles », a insisté M. Saberton.

Appel urgent à la communauté internationale

 

Face à l’ampleur des besoins, les Nations unies ont annoncé le lancement d’un nouvel appel humanitaire d’urgence. Les contributions internationales reçues jusqu’à présent, environ 190 millions de dollars, ont permis d’assister plus de 600 000 personnes depuis le début de l’année. Mais les besoins dépassent largement les ressources disponibles. L’Onu estime désormais à 331 millions de dollars les financements nécessaires pour venir en aide à 1,4 million de personnes au cours des prochains mois, portant le montant total de l’appel humanitaire à près de 640 millions de dollars jusqu’à la fin du mois d’août. L’Unfpa, de son côté, sollicite 25 millions de dollars afin de soutenir 400 000 bénéficiaires. À ce jour, seulement 16 % de cette somme a été réunie. Les responsables onusiens mettent en garde contre le coût humain d’un sous-financement de l’aide. Sans soutien accru, la crise humanitaire risque de se transformer en catastrophe durable, avec des conséquences profondes sur la santé, la sécurité alimentaire, l’accès à l’eau et la cohésion sociale.

Espoir d’un cessez-le-feu

 

Au-delà des besoins financiers, les Nations unies rappellent que seule une cessation complète des hostilités permettra d’enrayer la détérioration de la situation. Les responsables humanitaires appellent toutes les parties à respecter le droit international humanitaire, à garantir un accès sûr et sans entrave aux populations civiles et à permettre aux personnes fuyant les combats de circuler en toute sécurité.

Alors que des négociations diplomatiques sont en cours, l’Onu nourrit l’espoir que les prochains mois permettront d’éviter un nouvel appel d’urgence. Mais sur le terrain, pour des centaines de milliers de Libanais privés de foyer, d’emploi ou d’accès aux services essentiels, la paix demeure encore une perspective lointaine.