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Iran: Une école de filles bombardée à Minab

International
Une école primaire à Minab, dans le sud de l'Iran, a été la cible d'un bombardement au premier jour de la guerre Une école primaire à Minab, dans le sud de l'Iran, a été la cible d'un bombardement au premier jour de la guerre

Réuni en urgence à Genève, le Conseil des droits de l’homme de l’Onu s’est penché sur le bombardement d’une école de filles à Minab, dans le sud de l’Iran, par les forces américaines.

Par   Catherine Fiankan-Bokonga, Correspondante accréditée auprès de l’Office des Nations Unies à Genève (Suisse), le 30 mars 2026 à 10h23 Durée 3 min.
#Organisation des Nations unies (Onu) #Minab #guerre en iran

Cette frappe, qui a fait des dizaines de victimes, est dénoncée comme une violation grave du droit international et relance les inquiétudes sur la protection des civils. La réunion, organisée dans le cadre de la 61e session du Conseil, fait suite à une demande formelle déposée le 23 mars par l’Iran, la Chine et Cuba. Il s’agit du 12e débat d’urgence depuis la création de l’organe en 2006, dans un contexte de fortes tensions régionales.

Selon les éléments présentés, les bombardements d'une école de filles à Minab s’inscrivent dans le cadre de l’« Operation Epic Fury». Le matin du 28 février 2026, des forces américaines ont frappé à au moins deux reprises l’école primaire Shajareh Tayyebeh, en pleine session de cours. Entre 175 et 180 personnes auraient été tuées, en grande majorité des filles âgées de 7 à 12 ans. Le ciblage reposait sur un système d’intelligence artificielle baptisé « Maven», conçu pour croiser des images satellitaires avec des données de renseignement afin d’identifier et suivre des cibles. Ce système a longtemps été au cœur de vives controverses dans la Silicon Valley. D'après plusieurs sources, le bâtiment visé figurait encore comme installation militaire dans une base de données américaine non mise à jour, alors qu’il avait été converti en école depuis au moins 2016.

Téhéran dénonce une attaque « calculée »

Pendant ce débat, dans un message vidéo diffusé à Genève, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghtchi, a dénoncé une frappe « délibérée». Il a accusé Washington d’avoir commis « un crime de guerre et un crime contre l’humanité ». Le président américain, Donald Trump, a initialement nié toute implication avant d’indiquer qu’il s’en remettrait aux conclusions de l’enquête ouverte par le Pentagone. Selon des sources proches de l'enquête, le missile qui a frappé l'école a bien été tiré par l'armée américaine, après une erreur de ciblage.

Dans un message enregistré, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, l'Autrichien Volker Türk, a évoqué une « horreur viscérale» face aux images de salles de classe éventrées et de familles endeuillées. « Ces images montrent clairement qui paie le prix le plus élevé de la guerre: des civils sans aucun pouvoir sur les décisions qui mènent au conflit», a-t-il déclaré, appelant à une enquête « rapide, impartiale et transparente ».

Les réactions internationales ont été immédiates. L'Unesco a exprimé sa « profonde inquiétude», rappelant que les écoles bénéficient d’une protection spécifique en droit international. Le Secrétaire général de l’Onu, António Guterres, a également condamné l’attaque, tout comme les frappes de représailles iraniennes dans la région.

Une escalade aux conséquences régionales

Le bombardement de Minab s’inscrit dans une escalade militaire plus large. Selon Téhéran, plus de 1 900 civils auraient été tués depuis le début des hostilités dans des frappes attribuées aux États-Unis et à Israël. Des infrastructures civiles ont été touchées dans tout le pays.

Le Haut-Commissaire a mis en garde contre d'éventuelles violations du droit international humanitaire, rappelant que la protection des civils doit rester centrale. Il a également dénoncé la répression accrue en Iran: arrestations, surveillance, restrictions d’Internet et poursuites contre journalistes et opposants.

Au-delà du cas iranien, l’Onu alerte sur une tendance préoccupante : les attaques contre les écoles ont bondi de 44 % en 2024, privant 52 millions d’enfants d’accès à l'éducation. «Quels que soient les différends entre États, ils ne seront jamais résolus en tuant des écoliers », a insisté Volker Türk, appelant à la retenue et au retour aux négociations. À Genève, derrière les prises de position diplomatiques, une inquiétude domine : dans des conflits où les technologies militaires se veulent toujours plus précises, l’école de Minab illustre tragiquement que les civils, et en premier lieu les enfants, restent les premières victimes de la guerre.