La Nation Bénin...
Au
mois d’octobre de chaque année, dédié à la sensibilisation contre le cancer du
sein, une idée reçue revient sans cesse. Selon ce préjugé, sucer les seins
permettrait à la femme de prévenir le cancer du sein. Après vérifications, il
s’avère que cette rumeur est infondée et fausse. Sucer les seins de votre
partenaire peut avoir un tout autre avantage, sauf celui de prévenir le cancer
du sein.
Vous
avez certainement entendu la fameuse phrase quelque part. A chaque mois
d’octobre consacré à la sensibilisation contre le cancer du sein et dénommé
«Octobre rose», certaines personnes affirment que «sucer les seins de sa
partenaire permet de prévenir le cancer du sein». Cette idée reçue est née il y
a bien longtemps. Elle s’est propagée dans le grand public et est ressassée
d’année en année.
Sur
les réseaux sociaux, l’on rencontre à foison les publications qui incitent les
femmes à se faire téter par leurs hommes pour prévenir le cancer du sein. «
Sucer les seins de sa femme est bon pour la santé… », publie la page Facebook
Savez Vous AMD, le 1er octobre 2025. Selon l’auteur de la publication, « pour
la santé de la femme, cela stimule la circulation sanguine : le fait de
stimuler les seins augmente la circulation du sang, ce qui peut contribuer à la
santé des tissus mammaires. Détection précoce : la succion ou la stimulation
permet parfois de remarquer plus rapidement une boule, une douleur ou une
anomalie dans le sein (utile dans le cadre de la prévention comme octobre
rose). Hormones et bien-être : cela déclenche la libération d’ocytocine
(l’hormone du bien-être et de l’attachement), ce qui réduit le stress et
favorise la relaxation». Il cite d’autres bénéfices de la succion des seins
pour la relation de couple et pour l’homme. « Intimité renforcée : c’est un
geste de tendresse et d’érotisme qui rapproche les partenaires. Plaisir
sensuel: les seins sont une zone érogène très sensible ; la stimulation peut donner
beaucoup de plaisir. Pour l’homme, elle a un effet relaxant. La succion stimule
aussi l’ocytocine et peut procurer une sensation de calme et de plaisir »,
affirme cette page, ajoutant que cela assure aussi un «contact affectif en
nourrissant la complicité et le lien émotionnel avec la partenaire ». En
conclusion, la succion des seins de sa partenaire, toujours selon la page,
«n’est pas un ‘‘médicament miracle”, mais elle est bénéfique pour le bien-être,
la complicité de couple et parfois pour la prévention (dans le sens où cela
favorise l’attention portée à la santé des seins) ».
Vérifications
La
succion des seins prévient-elle vraiment le cancer du sein ? La recherche menée
sur les moteurs comme Google n’a abouti à aucun résultat qui confirme cette
thèse. La question est posée à Dr Hermyonne Ahounou Adjobo, gynécologue
obstétricienne, rencontrée à l’occasion de la sensibilisation au cancer du sein
organisée le 30 octobre 2025, au profit du personnel féminin du ministère des
Affaires étrangères.
«
C’est faux ! C’est tellement faux ! La succion du mamelon (des seins) par
l’homme a peut-être un rôle érotique, mais pas celui de prévenir le cancer du
sein. C’est une aberration ! », tranche la gynécologue obstétricienne.
Dans
un article de vérification des faits publié en novembre 2022 sur ce même sujet,
Hemes Nkwa, médecin épidémiologiste de terrain et fact-checkeuse pour le site
Yoheda au Cameroun, avait posé la même question à la professeure Esther Meka,
qui était à l’époque, vice-recteur de l'Université de Yaoundé, cheffe du
service d'oncologie gynécologique et pédiatrique de l'Hôpital
gynéco-obstétrique et pédiatrique de Yaoundé et présidente de la Société
camerounaise de sénologie et de pathologies mammaires. La réponse de la
spécialiste camerounaise est tout aussi catégorique que celle de Dr Hermyonne
Ahounou Adjobo. « Cette assertion est fausse ! », a-t-elle déclaré.
Pas
de confusion avec l’allaitement
Si
la succion des seins par les hommes ne protège aucunement la femme contre le
cancer du sein, l’allaitement, par contre, peut aider les dames à éloigner la
survenance du mal dans une certaine proportion. Il n’y a pas de confusion à
faire avec la succion par les hommes, précise professeure Esther Meka. «
L'allaitement maternel réduit de manière significative le risque de cancer du
sein. Et plus le nombre de mois d'allaitement augmente, plus le risque d'être
atteint d'un cancer du sein diminue », explique-t-elle. Dr Anthony Mbarga,
gynécologue obstétricien en service à l'Hôpital de district d'Efoulan,
interrogé dans le même article, confirme que la succion qui entraîne la
maturité des seins est celle de l'enfant. « En général, les seins d'une femme
n'atteignent leur maturité qu'après l'allaitement. Ainsi, ce n'est pas la
succion proprement dite mais l'allaitement qui protège. Le sein non mature qui
est en cours de changement est plus à risque de développer le cancer du sein
que le sein qui a déjà atteint sa maturité », renseigne Dr Anthony Mbarga. Par
ailleurs, il fait savoir que l'allaitement est un facteur protecteur mais
n'épargne pas les femmes du cancer du sein. « La seule arme que nous avons en
notre possession pour le moment est le dépistage et la méthode la moins chère
est l'autopalpation », conseille le spécialiste camerounais.
Le
dépistage
Les
facteurs de risque du cancer du sein sont de trois grands ordres, explique Dr
Hermyonne Ahounou Adjobo. Il y a les facteurs hormonaux, les facteurs familiaux
et les facteurs génétiques. Elle cite un autre facteur qui est la mauvaise
alimentation. Mais la maladie a l'avantage de pouvoir être dépistée tôt. Ce qui
est toujours mieux, parce que, dans ce cas, la prise en charge est beaucoup
moins complexe et moins pesante psychologiquement, physiquement et
financièrement sur le patient.
«
Toutes les femmes ont la possibilité de voir au moins une fois par jour leur
sein, de palper leur sein, de voir s'il y a quelque chose d'anormal au niveau
de leur sein. Donc, il y a la possibilité de dépister tôt toute anomalie au
niveau de leur sein. Et comment il faut s’y prendre pour pouvoir dépister le
cancer du sein? C'est de faire une palpation du sein au moins une fois par
mois, sept à dix jours après les menstrues, et une fois par mois pour celles
qui n’ont plus leurs menstrues », conseille Dr Hermyonne Ahounou Adjobo.
Pour
y arriver, les femmes peuvent pratiquer la technique de l’autopalpation. En
plus de cela, elle suggère aux dames de se faire examiner par un professionnel
de santé au moins une fois par an. Même « quand tout a l’air bien, il faut
quand même se rendre chez un gynécologue pour s’assurer que tout va bien
effectivement. Et la troisième modalité, c'est la mammographie qui doit être faite
à partir de 40 ans, et ce, tous les trois ans », recommande Dr Hermyonne
Ahounou Adjobo. En guise de conseils aux femmes, elle suggère une alimentation
saine et équilibrée qui comprend la consommation de fruits et légumes. « Le
mode de vie est très important. Il faut limiter l'alcool, éviter le tabac,
bouger c’est-à-dire faire du sport, manger sainement et équilibré », précise la
spécialiste.
Verdict
L’idée
reçue qui revient à chaque période d’Octobre rose, selon laquelle « sucer les
seins permet à sa partenaire de prévenir le cancer du sein » est infondée et
fausse. Aucune étude scientifique n’a prouvé cela. Surtout, il est important de
ne pas confondre la succion des seins avec l’allaitement maternel qui, lui,
permet de réduire les facteurs de risque de la maladie, selon les spécialistes
camerounais professeure Esther Meka et Dr Anthony Mbargaet et la Béninoise Dr
Hermyonne Ahounou Adjobo
La succion des seins n’a aucun lien avec la prévention du cancer du sein