La Nation Bénin...
Nairobi accueille, les 21 et 22 octobre prochains, la 5e édition de l’Africa Facts Summit, un rendez-vous continental consacré à l’intégrité de l’information. Des thématiques liées entre autres à l’Intelligence artificielle, la désinformation coordonnée, la responsabilité des plateformes numériques et la protection des démocraties en période électorale seront au cœur des échanges.
La désinformation ne se limite plus à la circulation de fausses nouvelles. L’essor de l’intelligence artificielle (IA), la sophistication des campagnes coordonnées et la multiplication des escroqueries numériques compliquent le travail des journalistes et des vérificateurs de faits.
C’est dans ce contexte que se tiendra, les 21 et 22 octobre prochains à Nairobi, la cinquième édition de Africa Facts Summit, organisée par Africa Check. Interrogé par Badona, Valdez Onanina, rédacteur en chef du bureau francophone de cette organisation, souligne l’importance de traiter les différentes dimensions de l’intelligence artificielle. « Tout ce qui a trait à l’IA est un enjeu pour les fact-checkers aujourd’hui, aussi bien sur le plan technique (...) que sur le plan éthique. La question de la gouvernance de l’IA nous concerne également », explique-t-il. Les discussions devront ainsi dépasser la seule utilisation des nouveaux outils pour examiner leurs conséquences sur la production, la vérification et la diffusion de l’information. L’enjeu est aussi de renforcer la capacité des acteurs africains à répondre collectivement aux menaces.
Autre sujet majeur du sommet, les réseaux de désinformation coordonnée et la responsabilité des plateformes numériques. Pour Valdez Onanina, le continent africain constitue un espace où se croisent des intérêts informationnels multiples. « L’Afrique est un terrain de guerre informationnelle où des acteurs externes transposent leurs conflits. En outre, il ne faut pas exclure que des acteurs domestiques s’emploient également à des activités de désinformation coordonnée », avertit-il.
L’enjeu sera donc d’établir un état des lieux suffisamment documenté pour interpeller les plateformes sur leurs responsabilités. Le responsable d’Africa Check Sénégal estime que les acteurs africains doivent engager avec elles des discussions plus approfondies, à l’image des démarches menées dans d’autres régions du monde. Le sommet entend favoriser la confrontation des expériences et la recherche de réponses adaptées aux réalités du continent.
Bâtir des envrionnements résilients
Les échéances électorales figureront également au programme. Sans concentrer les débats sur un scrutin particulier, les organisateurs souhaitent examiner les moyens de rendre les espaces informationnels plus résistants aux manipulations. Le Kenya, pays hôte, aura notamment ses élections générales en 2027. « L'idée centrale est surtout de discuter des voies et moyens par lesquels nous pouvons bâtir des environnements résilients en périodes électorales », précise Valdez Onanina. Ces périodes sont particulièrement sensibles, car elles connaissent traditionnellement une hausse des opérations de désinformation susceptibles d'influencer le débat public et les choix des citoyens.
La pérennité financière des organisations de vérification des faits constituera un autre défi, dans un contexte de retrait de certains financements, notamment ceux de Google et de Meta. Sur ce point, Valdez Onanina ne prétend pas disposer d’une solution toute faite. Il mise plutôt sur la mise en commun des expériences et des compétences. « L'idée d'avoir les acteurs africains de l'intégrité de l'information en conclave annuel, c'est justement pour débattre et conjuguer nos intelligences face aux défis qui se dressent devant nous», indique-t-il.
Au-delà des thématiques, cette édition s’inscrit dans la consolidation du réseau Africa Facts Network, qui rassemble désormais 58 organisations dans plus de 30 pays. La création d’un comité consultatif doit favoriser une gouvernance plus démocratique et garantir que les différentes organisations membres participent aux orientations du réseau.
La présence grandissante des structures francophones témoigne, selon Valdez Onanina, de l’urgence du phénomène dans leurs pays respectifs. Au Bénin, «Badona et d’autres organisations d’Afrique francophone jouent un rôle primordial dans la lutte contre la désinformation sur le continent et dans la construction d’un cadre propice à un débat public basé sur les faits», souligne-t-il.
Pour l’Afrique de l’ouest francophone, il identifie notamment les difficultés d’accès à l’information publique comme un facteur favorable à la désinformation. « En l’absence de cadres légaux qui régissent l’accessibilité des données publiques, on favorise des contextes propices à la désinformation », estime-t-il.
Le choix de Nairobi, à la place de Johannesburg, qui avait accueilli la première édition du sommet en 2022, répond à la volonté de faciliter la participation du plus grand nombre d’acteurs du continent. Pendant deux jours, journalistes, vérificateurs de faits, chercheurs et décideurs devront ainsi confronter leurs expériences et rechercher des réponses communes aux menaces qui fragilisent la confiance dans l’information.
Valdez Onanina