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Selon l’Organisation mondiale du commerce, l’intelligence artificielle pourrait faire progresser le commerce mondial de 40 % d’ici à 2040 et accroître de plus de 13 % le Pib mondial au cours des quinze prochaines années. Pour l’Afrique, cette transformation ouvre de nouvelles possibilités, mais leur concrétisation dépendra notamment des infrastructures, des compétences et de la cohérence des cadres réglementaires.
La transformation numérique modifie progressivement la manière dont s’effectuent les échanges internationaux. Les services qui nécessitaient auparavant une présence physique peuvent désormais être fournis à distance, tandis que l’intelligence artificielle (IA) élargit encore les possibilités de production, d’innovation et de commerce transfrontière.
Le Rapport sur le commerce mondial 2026 de l’Organisation mondiale du commerce (Omc) relève qu’en 2025, le commerce des services a atteint une part estimée à 27,6 % du commerce mondial total. La même année, les services fournis par voie numérique ont progressé de 10 %, confirmant leur dynamisme dans les échanges internationaux. L’Omc souligne que le commerce numérique contribue à réduire les coûts des échanges de services et ouvre de nouvelles possibilités de croissance tirée par le commerce.
Pour un développeur, un graphiste, un spécialiste du traitement des données ou un prestataire de services professionnels, la possibilité de travailler à distance peut ainsi faciliter l’accès aux marchés extérieurs. La présence physique du fournisseur dans le pays du client n’est plus toujours nécessaire. Cette évolution élargit potentiellement les débouchés pour les économies qui disposent d’une main-d’œuvre qualifiée et d’un environnement numérique suffisamment développé.
L’IA comme accélérateur des échanges
Selon les simulations présentées par l’Omc, le commerce mondial pourrait progresser de 40 % d’ici à 2040 grâce à l’IA, les gains les plus importants étant concentrés dans les services fournis par voie numérique. Le Rapport sur le commerce mondial 2025, consacré spécifiquement au lien entre IA et commerce, estimait, pour sa part, l’augmentation du commerce mondial entre 34 % et 37 % selon les scénarios retenus, tandis que le Pib mondial pourrait progresser de 12 % à 13 %.
Ces simulations reposent notamment sur la baisse des coûts du commerce, l’expansion des services liés à l’IA et les gains de productivité. Le rapport 2025 souligne également que l’IA peut accroître la participation aux marchés mondiaux, notamment pour les petites entreprises, en améliorant la connaissance des marchés, la gestion des chaînes d’approvisionnement ou encore la compréhension des réglementations commerciales.
Pour les économies africaines, les possibilités concernent notamment les services informatiques, les activités externalisées et certains services professionnels, mais aussi les applications de l’IA dans des domaines tels que l’agriculture, la finance, la logistique ou l’éducation. Toutefois, les avantages de l’IA ne seront pas répartis automatiquement. Les écarts d’accès aux infrastructures numériques, aux compétences et aux capacités technologiques peuvent au contraire accentuer les différences entre économies.
Infrastructures et compétences, des préalables
L’infrastructure constitue à cet égard un enjeu majeur. Dans son rapport 2025, l’Omc cite notamment le cas du Kenya, qui dispose de câbles sous-marins, de ressources abondantes en énergies renouvelables et d’une jeunesse rompue aux usages numériques, autant d’atouts susceptibles de favoriser le développement de centres de données et de permettre au pays de tirer parti de l’essor de l’IA.
Outre les infrastructures et les compétences, la capacité à tirer parti du commerce numérique dépend aussi de l’environnement réglementaire. L’Omc relève que la numérisation et l’IA modifient non seulement ce qui est échangé, mais aussi la manière dont les échanges s’effectuent et dont les effets des politiques économiques franchissent les frontières.
L’importance croissante du commerce des services pose également de nouvelles difficultés dans les négociations d’accès aux marchés dans le cadre de l’Accord général sur le commerce des services (Agcs). Contrairement au commerce des marchandises, les possibilités d’échanges dans les services sont largement déterminées par des mesures non tarifaires et des politiques appliquées à l’intérieur des frontières.
La bataille des règles
Pour le commerce numérique et l’utilisation de l’IA, les divergences réglementaires constituent notamment un enjeu. La protection des données, la cyber-sécurité, la concurrence et les règles applicables aux technologies émergentes peuvent influer sur les conditions dans lesquelles les entreprises proposent leurs services au-delà des frontières.
Pour les économies africaines, l’enjeu est donc de disposer de règles permettant de sécuriser les échanges numériques tout en facilitant leur développement à l’échelle continentale. Le Protocole sur le commerce numérique de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf), adopté en février 2024, s’inscrit dans cette dynamique. Il vise à faciliter le commerce numérique entre les États membres, tandis que les travaux de l’Union africaine portent notamment sur l’harmonisation des pratiques en matière de gouvernance des données.
La transformation numérique ne garantit donc pas, à elle seule, une insertion accrue de l’Afrique dans le commerce mondial. Celle-ci dépendra de la capacité des pays à investir dans la connectivité, les compétences, les infrastructures de données et l’innovation, mais aussi à construire un environnement réglementaire suffisamment cohérent.
Pour la jeunesse africaine, le numérique peut néanmoins ouvrir un accès plus direct aux marchés internationaux, notamment dans les activités pouvant être fournies à distance. Selon le rapport 2025 de l’Omc, moins d’un tiers des économies en développement avaient adopté, en 2025, des stratégies d’éducation dédiées à l’IA.
Sécuriser les échanges numériques tout en facilitant leur développement à l’échelle continentale