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Incertitudes économiques mondiales: Le pari de Wadagni face aux prévisions de l'Ocde

Economie

Au terme du Conseil des ministres du mercredi 3 juin, le gouvernement a procédé à un réajustement de l’architecture budgétaire tout en soulignant que le taux de croissance est maintenu à 7,5 %. Le président Wadagni pourra-t-il tenir ce pari face aux incertitudes mondiales mises en lumière par l’Organisation de coopération et de développement économiques (Ocde) dans ses Perspectives économiques publiées ce 3 juin ?

Par   Arnaud DOUMANHOUN, le 08 juin 2026 à 06h41 Durée 3 min.
#Romuald Wadagni

Le ralentissement annoncé de l’économie mondiale constitue le premier grand défi extérieur auquel sera confronté le gouvernement de Romuald Wadagni. L’Organisation de coopération et de développement économiques (Ocde) met en garde contre les effets de la guerre au Moyen-Orient, de la hausse des prix de l’énergie et du retour des tensions inflationnistes. C’est dire que pour le Bénin qui ambitionne de maintenir une croissance soutenue sous la présidence de Wadagni, le défi sera de préserver la dynamique économique tout en absorbant les chocs extérieurs. Le rapport de l’Ocde, publié le 3 juin, prévoit une croissance mondiale limitée à 2,8 % en 2026 contre 3,4 % l’année précédente. L’organisation identifie le conflit au Moyen-Orient et les tensions sur les marchés énergétiques comme les principales menaces pour l’activité économique mondiale. Si le Bénin ne figure pas parmi les membres de l’organisation, les conclusions du rapport concernent directement l’économie nationale. Ouverte sur les échanges internationaux et dépendante des importations pour plusieurs produits stratégiques, elle demeure sensible aux variations des prix mondiaux.

Le pétrole, premier facteur de risque

La principale inquiétude porte sur les marchés énergétiques.

L’Ocde estime qu’un prolongement des tensions au Moyen-Orient pourrait provoquer une hausse durable des cours du pétrole. Pour le Bénin, importateur net de produits pétroliers, une telle évolution pourrait avoir des répercussions immédiates. D’ailleurs, le pays avait déjà procédé à un premier réajustement des prix à la pompe, une mesure qui touche directement les ménages. Ainsi, suivant les prévisions de l’Ocde, les coûts de transport augmenteraient, renchérissant les marchandises et les services., et les entreprises devraient également faire face à des charges d’exploitation plus élevées. Cette pression pourrait davantage se répercuter sur les ménages à travers une hausse des prix du transport urbain et interurbain, mais aussi sur les produits de première nécessité dont l’acheminement dépend largement du carburant. L’enjeu est d’autant plus important que les prix de l’énergie constituent souvent l’un des principaux moteurs de l’inflation dans les économies africaines, et le Bénin n’en est pas épargné. Le secteur agricole pourrait également ressentir les effets des tensions internationales. Depuis plusieurs années, les marchés mondiaux des engrais restent sensibles aux crises géopolitiques et aux fluctuations du prix du gaz naturel, matière première essentielle à leur production. Une hausse des coûts d’approvisionnement pèserait directement sur les producteurs béninois de coton, de maïs, de riz ou encore de soja.

Conscient de cet enjeu, le gouvernement a d’ailleurs prévu dans sa loi de finances rectificative la poursuite des subventions aux intrants agricoles afin de protéger les exploitants contre les effets de la volatilité internationale. Cette politique vise à préserver la production nationale et à limiter les risques de hausse des prix alimentaires. Selon le Conseil des ministres du mercredi 3 juin, des subventions spécifiques sont instituées au profit des agriculteurs, principalement ceux des filières riz, coton, soja et cajou dès la campagne agricole 2026-2027. “Ce faisant, le gouvernement entend mieux récompenser l’effort productif, renforcer durablement les revenus des exploitants agricoles, sécuriser l’approvisionnement des unités de transformation locales et consolider le positionnement du Bénin comme puissance agricole et agro-industrielle de référence en Afrique de l’Ouest”, a indiqué le Conseil des ministres.

L’inflation, une menace à contenir

L’Ocde met également en garde contre une possible résurgence de l’inflation mondiale. Même si le Bénin a mieux résisté que plusieurs économies africaines aux chocs inflationnistes récents, une augmentation durable des prix de l’énergie et des produits importés pourrait raviver les tensions sur le pouvoir d’achat. Le pays importe une part importante de ses produits alimentaires transformés, de ses équipements industriels et de nombreux biens de consommation. Toute hausse des coûts sur les marchés internationaux finit généralement par se répercuter sur les consommateurs. Il faudra donc trouver un équilibre entre la protection du pouvoir d’achat et la préservation des équilibres budgétaires. Mais le gouvernement Wadagni se veut rassurant. Relevant la consolidation de la croissance qui s’est établie à 8,1 % en 2025, un record depuis l’avènement du renouveau démocratique, avec une inflation maîtrisée estimée à 1,1 %, le Conseil des ministres du 3 juin a indiqué que «l’économie béninoise devrait poursuivre sa résilience, en dépit des contextes régional et international instables. Ainsi, le taux de croissance s’établirait à 7,5 % en 2026 comme initialement prévu, de même qu’en 2027, avec un taux d’inflation maintenu autour de 2 % et un déficit budgétaire maîtrisé à 2,8 %».

Des finances publiques sous pression

Il faut relever que les conclusions de l’Ocde interviennent au moment où le gouvernement de Romuald Wadagni engage une révision du budget 2026. Le projet de loi de finances rectificative présenté en Conseil des ministres porte les dépenses publiques à plus de 4 086 milliards de FCfa, avec de nouvelles mesures sociales, éducatives et sanitaires. Mais dans un contexte international dégradé, la mobilisation des ressources budgétaires pourrait devenir plus complexe. Un ralentissement du commerce mondial ou une baisse de l’activité économique chez certains partenaires du Bénin pourrait affecter les recettes fiscales et douanières. Le gouvernement devra également composer avec des conditions de financement potentiellement moins favorables si les tensions économiques mondiales venaient à s'aggraver. Mais, malgré ces incertitudes, le gouvernement béninois maintient sa prévision de croissance à 7,5 % pour 2026. Cet optimisme repose notamment sur la poursuite des grands investissements publics, le développement des infrastructures, la montée en puissance de la Zone industrielle de Glo- Djigbé (Gdiz), les performances agricoles et le dynamisme des services.

Le Bénin bénéficie également d’une stabilité macroéconomique reconnue par plusieurs institutions financières internationales, ainsi que d’une trajectoire de réformes engagée depuis plusieurs années. Toutefois, le rapport de l’Ocde rappelle que même les économies les plus dynamiques ne sont pas totalement à l’abri des chocs extérieurs. C’est dire que l’avertissement lancé par l’Ocde ne remet pas en cause les perspectives favorables du Bénin, mais souligne la nécessité d’une vigilance accrue. Hausse éventuelle des prix du pétrole, renchérissement des engrais, tensions inflationnistes et ralentissement du commerce mondial constituent autant de facteurs susceptibles de compliquer la trajectoire économique du pays. Pour le gouvernement de Romuald Wadagni, l’enjeu sera de maintenir le cap de la croissance tout en protégeant les ménages et les secteurs productifs contre les turbulences de l’économie mondiale. La capacité du Bénin à conjuguer réformes internes et résilience face aux chocs extérieurs pourrait être l’un des principaux tests économiques du nouveau mandat.