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Développement durable en Afrique: La mobilisation des ressources comme talon d’Achille

Economie
Orienter davantage l'épargne vers l’investissement, mieux encadrer les capitaux privés Orienter davantage l'épargne vers l’investissement, mieux encadrer les capitaux privés

Faibles recettes intérieures, recul de l’aide, coût élevé des financements et vulnérabilités liées à la dette réduisent les marges de manœuvre des Etats africains. Le Rapport 2026 sur le développement durable en Afrique appelle à mieux mobiliser les ressources nationales et à réformer les mécanismes de financement du développement pour accélérer l’atteinte des Odd et de l’Agenda 2063.

Par   Claude Urbain PLAGBETO, le 18 août 2026 à 01h40 Durée 3 min.
#Développement durable en Afrique

Entre contraintes budgétaires et dépendance aux financements extérieurs, l’Afrique peine à financer sa transformation structurelle. Selon le Rapport 2026 sur le développement durable en Afrique, le ratio recettes fiscales/Pib s’établit à environ 16 %, contre plus de 34 % dans les pays de l’Ocde. Cette faiblesse limite la capacité des Etats à investir dans les infrastructures, l’énergie et les services sociaux.

Publié conjointement par l’Union africaine, la Banque africaine de développement (Bad), le Programme des Nations Unies pour le développement (Pnud) et la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (Cea), le rapport place le financement au cœur des difficultés du continent. Contraintes budgétaires, dette, coût élevé du capital et capacités institutionnelles insuffisantes ralentissent les investissements nécessaires à la transformation économique.

Ressources intérieures insuffisantes, aide sous pression

En 2022, les recettes publiques représentaient en moyenne

23 % du Pib en Afrique, contre 32 % au niveau mondial. La fiscalité ne finançait que 57 % des budgets intérieurs, contre 59 % dans le monde. Le rapport recommande d’élargir les assiettes fiscales, de renforcer les administrations de collecte et d’améliorer l’efficacité des dépenses publiques. La numérisation et une meilleure gouvernance doivent notamment contribuer à accroître les recettes et à réduire les pertes.

Dans le même temps, l’aide publique au développement (Apd) destinée à l’Afrique s’est établie à 35,9 milliards de dollars en 2023, en baisse réelle de 8,8 % par rapport à 2021. Les projections citées font état d’un recul mondial de 9 à 17 % d’ici 2025, avec une réduction pouvant atteindre 35 milliards de dollars par rapport à 2024.

Le rapport plaide ainsi pour une mobilisation accrue des ressources nationales, mais aussi pour une réforme de l’architecture financière internationale afin de rendre les financements plus accessibles et adaptés aux besoins africains.

Dette et capitaux privés en question

La dette publique africaine atteignait environ 1 800 milliards de dollars en 2022, revenant aux niveaux d’avant l’Initiative d’allègement de la dette multilatérale. Le service de la dette rapporté aux exportations s’élevait à 10,5 % en 2023, en hausse de 69 % depuis 2015. Plus de 20 pays présentent un risque élevé de surendettement, ce qui réduit les marges budgétaires pour les investissements de développement.

Le rapport recommande d’améliorer les conditions d’accès aux financements internationaux, de réduire les primes de risque et de renforcer la représentation de l’Afrique dans les institutions financières mondiales. Il préconise également des mécanismes de restructuration de la dette.

Les partenariats public-privé (Ppp) constituent un autre levier. Mais leur développement reste freiné par la faible bancabilité de certains projets, les risques élevés et des cadres réglementaires insuffisants. La qualité de la gouvernance, la transparence et la prévisibilité des règles sont donc déterminantes pour attirer davantage de capitaux privés.

Mobiliser l’épargne

Le continent dispose d’une source de financement particulièrement résiliente : sa diaspora. Les transferts de fonds ont atteint 104,5 milliards de dollars en 2024, contre environ 86 milliards en 2019, soit une hausse de 21,5 %. Le rapport recommande de réduire le coût de ces transferts et de créer des mécanismes permettant d’en orienter une partie vers l’investissement productif.

Le développement des marchés de capitaux domestiques doit également permettre de canaliser davantage l’épargne africaine vers les infrastructures et les entreprises. Les obligations vertes et le financement mixte peuvent, de leur côté, attirer des capitaux privés vers des projets à impact économique, social et environnemental.

La lutte contre l’évasion fiscale et les flux financiers illicites constitue également un enjeu majeur. L’Agenda 2063 fixe pour cible de ramener ces flux à au plus 1 % du Pib par an.

Accélérer la mobilisation

À l’approche de 2030, le défi est donc autant de mobiliser davantage de ressources que de mieux les utiliser. Pour financer les Odd et l’Agenda 2063, l’Afrique devra renforcer ses recettes intérieures, orienter davantage son épargne vers l’investissement, mieux encadrer les capitaux privés et obtenir des conditions de financement international plus équitables.

La transformation du continent ne pourra durablement reposer sur l’aide extérieure et l’endettement. Elle exige une combinaison de ressources nationales mieux mobilisées, d’épargne africaine davantage investie et de financements internationaux mieux adaptés aux priorités du développement.