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Rentabilité, cybersécurité et efficience opérationnelle s’imposent comme les nouveaux piliers de la croissance, selon la 5? édition du baromètre de l’industrie financière africaine de Deloitte et de l’Africa financial summit.
L’industrie financière africaine amorce un nouveau cap, après une décennie marquée par une expansion rapide et une digitalisation accélérée. La 5? édition du baromètre de l’industrie financière africaine, réalisée par Deloitte et l’Africa financial summit (Afis), révèle un secteur plus confiant, mais désormais focalisé sur la rentabilité, la maîtrise des risques et l’efficience opérationnelle. Une phase de maturité assumée, dans un environnement économique plus exigeant. Menée entre mai et septembre 2025 auprès de dirigeants de plus de 70 institutions financières telles que les banques, les assurances, les fintechs, les institutions de microfinance et les acteurs des marchés de capitaux, l’enquête dresse le portrait d’un secteur confiant. En 2025, la perspective économique à trois ans est évaluée à 8/10, en hausse de 0,72 point par rapport à 2024. Près de 74 % des dirigeants se déclarent optimistes, contre seulement 4 % de perceptions négatives. Cette confiance est largement soutenue par le ralentissement de l’inflation sur le continent, une meilleure visibilité opérationnelle et une dynamique commerciale qui demeure robuste. Les institutions de microfinance se distinguent par le niveau de confiance le plus élevé (9/10), suivies des compagnies d’assurance (8,35/10). Les fintechs, après un pic d’optimisme en 2024, normalisent leurs anticipations à 8,33/10, traduisant une entrée progressive dans une logique de consolidation. Le baromètre confirme un changement de paradigme. En 2025, 46 % des institutions interrogées placent la rentabilité au sommet de leurs priorités stratégiques. Après plusieurs années d’expansion soutenue, l’heure est à l’optimisation des modèles économiques. Trois leviers dominent désormais les plans de transformation. Il s’agit de la performance financière (84 %), l’expérience client (85 %) et la transformation digitale (81 %), toutes en progression par rapport à 2024. Cette orientation commence à produire des résultats tangibles. La marge nette d’exploitation progresse pour 69 % des acteurs, tandis que le Rendement des capitaux propres (Roe) s’améliore pour 57 % et le Rendement des actifs (Roa) pour 58 %. Cependant, cette dynamique positive est tempérée par une pression persistante sur la qualité des actifs et les coûts du risque. L’efficience opérationnelle, bien qu’en amélioration pour 54 % des institutions, recule de six points, illustrant la complexité croissante de la maîtrise des coûts liés aux talents, à la technologie et à la conformité réglementaire.
Vers plus de pragmatisme
Longtemps cantonnée à un sujet technique, la cybersécurité s’impose désormais comme un risque majeur. Près de 58 % des institutions déclarent un niveau d’exposition élevé ou très élevé, devant même les risques réglementaires. En parallèle, 51 % des dirigeants placent la cybersécurité parmi leurs principales préoccupations, contre 39 % en 2024. Les attentes réglementaires sont fortes. 97 % des répondants souhaitent des évolutions en matière de cybersécurité, devant l’identification numérique (92 %) et la lutte contre les flux illicites (87 %). Si une majorité d’institutions disposent déjà de dispositifs de prévention et de détection, le Baromètre souligne un retard dans les capacités de remédiation. Le défi des prochaines années sera de passer de la simple détection à une véritable résilience cyber. La transformation digitale n’est plus un avantage compétitif, mais un prérequis. En 2025, 54 % des institutions se déclarent digitalement matures, soit six points de plus qu’en 2024. Les fintechs demeurent à l’avant-garde, mais les compagnies d’assurance enregistrent la progression la plus spectaculaire. L’intelligence artificielle s’impose comme un levier central de gestion des risques et d’efficience. 77 % des institutions anticipent un impact fort de l’IA sur la détection de fraude, 70 % sur l’analyse du risque crédit et l’optimisation des processus. La personnalisation des offres et les chatbots complètent ces usages, combinant performance opérationnelle et conquête commerciale.
Sur le plan de l’intégration financière africaine, le Système panafricain de paiement et de règlement (Papss) confirme son potentiel. 35 % des institutions lui attribuent une opérationnalité élevée, avec des gains mesurables en coûts et en délais pour les paiements intra-africains. L’interopérabilité des systèmes de paiement apparaît comme la transformation prioritaire à l’horizon 2030. Enfin, l’inclusion financière et les critères Environnement, social et gouvernance (Esg) entrent dans une phase plus pragmatique. Si l’inclusion n’est stratégique que pour 39 % des institutions, les acteurs de la microfinance et les fintechs restent moteurs. Côté Esg, l’investissement à impact demeure la dimension la plus structurée, tandis que les politiques de parité progressent sensiblement. Le Baromètre de l’industrie financière africaine révèle un secteur plus mûr, plus discipliné et résolument tourné vers la performance durable. Une industrie qui, après l’euphorie de la croissance rapide, choisit désormais la solidité des fondamentaux.
L’industrie financière africaine s’accélère avec une expansion rapide et une digitalisation accélérée