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Théâtre-forum à Djougou: Quand la scène devient un espace d’éducation citoyenne

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La Place de l’Indépendance de Djougou a accueilli lundi 23 mars dernier, un théâtre-forum communautaire consacré à la paix, à la cohésion sociale et à la lutte contre la désinformation. Initiée par l’Ong Filles en Actions dans le cadre du Projet Sawara, cette activité a rassemblé plus de 320 participantes et participants, dont des autorités locales, des leaders communautaires et de nombreux jeunes engagés.

Par   Isidore GOZO, le 23 avr. 2026 à 15h31 Durée 4 min.
#théâtre-forum communautaire #djougou

Le terme Sawara n’est pas choisi au hasard. Présent dans plusieurs langues du Nord du Bénin notamment le dendi ou le bariba, il renvoie à l’idée de cohésion sociale, et de vivre ensemble. Cette symbolique reflète l’esprit même du projet, qui ambitionne de construire, avec les citoyennes et citoyens béninois, des espaces de dialogue apaisé et de participation démocratique. À Djougou, cette vision a pris une forme concrète à travers une initiative artistique qui a su capter l’attention et susciter une véritable réflexion collective. Dans un contexte marqué par la circulation rapide des rumeurs et des informations non vérifiées, particulièrement en période sensible comme les élections ou les crises sanitaires, le théâtre-forum s’est imposé comme un outil pédagogique puissant. La pièce présentée par un groupe d’actrices et d’acteurs locaux a plongé le public dans des situations proches de leur réalité quotidienne. Au fil de la représentation, les spectateurs ont assisté à la transformation progressive d’un village paisible en un espace de tension et de méfiance. Tout commence par la diffusion d’une rumeur infondée par un citoyen. Ce simple geste, apparemment anodin, déclenche une chaîne de réactions qui fragilise la confiance entre les membres de la communauté. L’information circule rapidement, amplifiée de bouche à oreille, jusqu’à atteindre les autorités locales. Cette mise en scène a permis d’illustrer avec clarté les conséquences parfois dramatiques des fausses informations. Les tensions qui émergent dans la pièce montrent comment une rumeur peut générer des conflits, diviser les familles et compromettre durablement la cohésion sociale. Pour de nombreux spectateurs, ces scènes ont résonné comme un miroir fidèle de situations déjà vécues dans leur propre environnement.

 

Une participation active

 

L’originalité du théâtre-forum réside dans sa dimension interactive. Contrairement à une représentation classique, le public n’est pas seulement spectateur. Il devient acteur du changement. À plusieurs reprises, les participantes et participants ont été invités à interrompre la pièce pour proposer d’autres issues aux situations conflictuelles. Certains volontaires sont montés sur scène pour remplacer des personnages et expérimenter des solutions alternatives. Cette dynamique participative a permis de faire émerger des propositions concrètes et adaptées aux réalités locales. Parmi les solutions évoquées figuraient la vérification systématique des informations avant leur diffusion, la promotion du dialogue communautaire et le recours à des médiateurs reconnus pour leur crédibilité. D’autres participants ont insisté sur la nécessité d’organiser des campagnes régulières de sensibilisation afin de prévenir la propagation des fausses informations. La mise en place d’espaces d’échanges entre les membres de la communauté a également été citée comme un levier essentiel pour restaurer la confiance et prévenir les conflits.

Au-delà de la sensibilisation, l’activité a révélé une réalité souvent sous-estimée. Les jeunes et les femmes ne sont pas seulement bénéficiaires des initiatives communautaires, mais de véritables moteurs de transformation sociale. Leur implication active tout au long du théâtre-forum en est une preuve tangible. Les prises de parole courageuses, les propositions pertinentes et l’engagement visible de ces groupes ont démontré leur capacité à influencer positivement les dynamiques locales. Cette participation renforce l’idée que leur présence dans les instances de décision et de gouvernance doit être davantage valorisée. Les échanges qui ont suivi la représentation ont suscité un vif intérêt parmi les participants. De nombreux témoignages ont révélé une forte identification aux situations mises en scène, notamment en ce qui concerne la circulation rapide des messages vocaux sur les réseaux sociaux. Le Chef du 3e arrondissement de Djougou a ainsi rappelé l’importance de la responsabilité individuelle dans la gestion de l’information. Selon lui, même les enseignements religieux insistent sur la nécessité de vérifier toute information avant de la partager. Cette référence a renforcé la dimension morale et citoyenne du message porté par le théâtre-forum.

Une participante quant à elle, a confié que la pièce lui rappelait des situations fréquentes dans la ville, où des messages vocaux circulent rapidement sur des plateformes comme WhatsApp, rendant difficile la distinction entre vérité et rumeur. Une autre intervention a évoqué les fausses informations qui circulaient pendant la pandémie de Covid-19, notamment celles conseillant des pratiques dangereuses comme l’utilisation excessive de sel pour se protéger contre le virus. Ces témoignages ont montré que la désinformation n’est pas une notion abstraite, mais une réalité concrète qui peut mettre en danger des vies humaines et fragiliser les relations sociales.

Le dialogue comme solutions

Plusieurs participants ont souligné l’importance du dialogue comme outil central pour prévenir et résoudre les conflits. Réunir les membres d’une communauté autour d’échanges ouverts et respectueux a été présenté comme un moyen efficace de restaurer la confiance et de renforcer les liens sociaux. L’implication des leaders communautaires et des autorités locales dans les processus de médiation a également été jugée essentielle. Leur crédibilité et leur influence peuvent contribuer à apaiser les tensions et à favoriser la compréhension mutuelle. Par ailleurs, la sensibilisation continue des populations a été identifiée comme une stratégie incontournable pour lutter contre la propagation des fausses informations. En développant des réflexes de vérification et en encourageant des comportements responsables, les communautés peuvent renforcer leur résilience face aux crises. Rappelons que le théâtre-forum organisé à Djougou constitue un exemple inspirant de mobilisation communautaire. En redonnant la parole aux citoyens et en encourageant leur participation active, ce type d’initiative contribue, pas à pas, à bâtir une société plus résiliente, unie et résolument engagée pour la cohésion sociale. Rappelons que ce projet est mis en œuvre par un consortium composé de Cfi Médias, Brut Afrique, l’Ong Filles en Actions, la Fondation Hirondelle et l’Institut pour la gouvernance démocratique (Igd), avec le soutien financier de l’Union européenne au Bénin.