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Présenté ce mercredi au palais de la Marina, le document d’orientation des pôles de développement territorial ouvre la phase opérationnelle de cette réforme voulue par le gouvernement. Au-delà de l’architecture institutionnelle exposée par le ministre de la Décentralisation et de la Gouvernance locale, Janvier Yahouédéhou, le président de la République, Romuald Wadagni, a surtout insisté sur le changement de comportement attendu des acteurs locaux pour faire du développement à la base une réalité.
Les cartes sont désormais sur la table. Après plusieurs mois de réflexion, la réforme des pôles de développement territorial entre dans sa phase décisive. Au palais de la Marina, mercredi 23 septembre, maires, préfets, cadres de l’administration et partenaires institutionnels ont découvert le document d’orientation et de cadrage qui fixe les contours de cette nouvelle organisation territoriale. Derrière les schémas et les mécanismes institutionnels présentés, il y a la volonté de réduire les écarts de développement entre les communes et créer davantage de richesses au plus près des populations.
Pour le gouvernement, toutes les communes ne disposent pas des mêmes atouts ni des mêmes opportunités. Certaines bénéficient déjà d’infrastructures structurantes tandis que d’autres continuent de faire face à des retards importants. La réforme entend justement corriger ces déséquilibres en misant sur les potentialités propres à chaque territoire.
Dans sa présentation, le ministre de la Décentralisation et de la Gouvernance locale, Janvier Yahouédéhou, a expliqué que chaque pôle devra devenir un espace de croissance économique capable de valoriser ses ressources spécifiques. Il s’agira notamment de développer une agriculture productive au service des producteurs, de promouvoir au moins une industrie par pôle, de révéler le potentiel touristique local à travers une ville et un village de splendeur et de faire émerger des territoires d’innovation.
L’ambition est également de garantir à tous les pôles un socle commun composé d’infrastructures, de capital humain qualifié, d’un tissu dynamique de petites et moyennes entreprises ainsi que de mesures incitatives destinées à attirer les investisseurs. À terme, chaque pôle devra disposer de projets structurants capables de générer des emplois et d’améliorer durablement les conditions de vie des populations.
Nouvelle organisation
Le ministre a tenu à clarifier l’un des points qui suscitent le plus d’interrogations. Il s'agit de la place du futur délégué général de pôle dans l’architecture institutionnelle existante.
Selon Janvier Yahouédéhou, la réforme ne crée pas une nouvelle autorité hiérarchique au-dessus des préfets ou des maires. Le dispositif repose plutôt sur la coordination, la coopération et la cohérence des interventions. Le préfet conserve ses missions de représentation de l’État, de coordination des services déconcentrés et de tutelle administrative des communes. Les maires continuent d’exercer leurs compétences dans le cadre de la décentralisation. Quant au délégué général, il aura pour mission de coordonner les actions de développement et de veiller à l’exécution des projets territoriaux.
« L’objectif est de permettre à chacun d’exercer pleinement ses responsabilités tout en assurant une action commune au service du développement territorial », a expliqué le ministre. La réforme repose sur six pôles qui ne coïncident pas systématiquement avec les limites administratives actuelles. Le pôle Nord-Est regroupera l’Alibori et le Borgou, le Nord-Ouest la Donga et l’Atacora, le Centre les Collines et le Zou, le Sud-Est l’Ouémé et le Plateau, le Sud-Ouest le Mono, le Couffo et une partie de l’Atlantique, tandis que le Grand Nokoué couvrira le Littoral ainsi qu’une partie de l’Atlantique et de l’Ouémé.
Des délégués généraux aussi
La mise en œuvre se fera progressivement. Dès le quatrième trimestre, les délégués généraux seront installés avec leurs équipes. Ils devront engager les concertations avec les acteurs locaux, identifier les moteurs de croissance de chaque territoire et définir les projets prioritaires.
Suivront ensuite l’élaboration des feuilles de route, la définition des responsabilités respectives de l’État, des communes et du secteur privé ainsi que la mobilisation des financements nécessaires. Chaque pôle devra finalement disposer d’un tableau de bord permettant de mesurer les résultats obtenus.
Car l’un des principes majeurs de la réforme est l’évaluation. Les futurs délégués généraux ne seront pas jugés sur les intentions affichées mais sur les impacts réels de leurs actions. Création d’emplois, développement des filières économiques, attractivité des territoires et amélioration des conditions de vie constitueront autant d’indicateurs de performance.
Exhortation
Au-delà des aspects techniques, l’intervention du président de la République a donné une tonalité particulière à la rencontre. Romuald Wadagni a appelé les élus locaux et les représentants de l’État à s’approprier personnellement la réforme. « Si nous souhaitons opérer le développement profond à la base, nous devons même dans nos attitudes au quotidien remettre en cause un certain nombre de choses », a-t-il déclaré.
S’adressant directement aux maires et aux préfets présents, le chef de l’État a insisté sur la nécessité de ne plus tolérer les pratiques qui freinent le développement des territoires. « En repartant d'ici, maires, préfets, vous prenez l'engagement personnel de dire : ce que mes yeux voient, qui constituent des freins, je ne laisse plus passer. Il faut de la pédagogie, pas de violence. Il ne faut pas brutaliser les gens, vous donnez l'exemple», a exhorté le président de la République.
À travers cet appel, le président de la République a voulu rappeler que la réussite des pôles ne dépendra pas uniquement des textes, des financements ou des organigrammes. Elle reposera aussi sur la capacité des responsables locaux à faire évoluer les pratiques et à agir avec davantage d’exigence.
Les six pôles sont désormais dessinés. Les principes sont posés. Reste désormais à transformer cette architecture en résultats tangibles. Car au bout de la réforme se trouve l’ambition de faire en sorte que le lieu où l’on vit ne détermine plus les chances de développement auxquelles on peut prétendre.
Romuald Wadagni, président de la République