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A une trentaine de kilomètres de Cotonou, la Zone industrielle de Glo-Djigbé s’impose progressivement comme un pôle d’opportunités pour des milliers de jeunes en quête d’un emploi stable. Dans les ateliers textiles, les unités de transformation de cajou ou de filature de coton, des parcours cabossés trouvent un nouveau souffle grâce aux dispositifs publics d’insertion.
Dans l’immense hall de l’unité de fabrication de vêtements de la zone industrielle de Glo-Djigbé, le cliquetis régulier des machines à coudre rythme la matinée. Concentrée sur un treillis militaire qu’elle assemble avec précision, Carine Judith Aboua doit livrer 450 pièces en fin de journée. Une cadence soutenue, mais assumée.
Ancienne institutrice dans une école privée à Porto-Novo, capitale administrative du Bénin, elle a intégré l’unité en juillet 2022 après un recrutement via l’Agence nationale pour l’Emploi (Anpe). Inscription en ligne, test de sélection, puis formation rémunérée : le processus, exigeant, débouche sur un contrat renouvelable.
« Le salaire a beaucoup changé par rapport à ce que je gagnais dans l’enseignement privé. Malgré la pression, je me sens plus épanouie », confie la jeune femme de 28 ans. Avec environ 70 000 F Cfa le mois et des avantages complémentaires, elle contribue désormais aux charges du foyer, en appui à son époux, en poste à Natitingou. «Il reste des améliorations à apporter aux conditions de travail, mais je suis fière du chemin parcouru », ajoute-t-elle.
À 26 ans, Isaac Gounon partage ce sentiment. Ancien agent de santé dans le privé, confronté à des retards récurrents de salaires, il peinait à subvenir aux besoins de sa famille. Son intégration à l’unité de confection marque un tournant.
« Mon recrutement a été une bouffée d’air. Aujourd’hui, je peux planifier mes dépenses et assurer l’essentiel », explique-t-il. Son épouse, Béatrice, confirme une amélioration tangible du quotidien familial depuis son installation à Glo-Djigbé. «Mon mari tirait le diable par la queue et cette instabilité n’était guère favorable à l’entente au sein du foyer. Aujourd’hui les choses semblent aller mieux et la famille ne regrette pas son départ de la commune de Bohicon pour la zone industrielle de Glo-Djigbé », témoigne cette ménagère.
Des trajectoires en reconstruction
Dans une autre unité, dédiée à la filature de coton, Bernice Noutaï, 24 ans, apprend à manier les machines industrielles. Déscolarisée après le collège et contrainte d’interrompre une formation en coiffure à la suite d’une grossesse, elle voit dans ce poste une seconde chance.
Sélectionnée via le dispositif Azôli, elle perçoit une allocation pendant sa formation. « Mon salaire me soulage énormément. Il nous permet, à mon conjoint et moi, d’assurer les besoins de notre enfant », témoigne-t-elle. Son époux, autrefois revendeur d’essence de contrebande, a lui aussi intégré le programme, réduisant ainsi les risques liés à cette activité informelle.
Le dispositif Azôli s’inscrit dans le cadre du Projet d’Inclusion des Jeunes (ProDIJ), soutenu par la Banque mondiale et mis en œuvre par l’Anpe. Selon son directeur général, Urbain Amégbédji, il vise à offrir des opportunités d’emploi à 18 500 jeunes vulnérables, dont 15 000 dans l’industrie textile et 3 500 dans la transformation du cajou et d’autres filières connexes. Il constitue, à ses yeux, une réponse concrète aux défis de l’emploi des jeunes.
À l’unité de transformation de cajou, Joie Alapini, 28 ans, supervise les opérations d’épluchage. Mère de deux enfants, elle assure seule leur prise en charge. « Cette opportunité m’a permis de retrouver espoir. Mes enfants vont à l’école et bénéficient des soins nécessaires », explique-t-elle.
Beaucoup de choses, confie-t-elle, se sont améliorées dans sa vie depuis qu’elle a intégré cette unité. « En termes de développement personnel, c’est un plus que le dispositif Azoli m’a apporté. J’ai bénéficié d’une formation et d’un savoir-faire qui me permettent de travailler et d’espérer une vie meilleure. Au départ, je ne m’attendais à rien, vu mes difficultés. Cette opportunité m’a donné la chance de vivre une nouvelle expérience dans ma vie et ce n’est pas mal pour moi»,assure-t-elle.
Comme les autres stagiaires, elle perçoit une rémunération versée par l’Anpe, complétée par des primes de transport et de restauration assurées par l’employeur.
À ses côtés, Judith Hadjinou, 22 ans, manie avec dextérité les noix qu’elle pèle et trie quotidiennement. « Grâce à ce travail, je paie mon loyer et subviens à mes besoins sans dépendre de mes parents. Mon souhait est d’être recrutée à l’issue du stage », affirme-t-elle.
À travers ces parcours, la Zone industrielle de Glo-Djigbé apparaît comme un laboratoire d’inclusion économique. Si les bénéficiaires évoquent la pression des cadences et la nécessité d’améliorer les conditions de travail, tous soulignent l’impact concret de ces emplois sur leur stabilité financière et leur dignité.
Pour de nombreux jeunes peu ou pas qualifiés, l’industrialisation en cours dans cette zone représente plus qu’un simple emploi : une véritable opportunité de reconversion et d’ascension sociale. Reste à maintenir la dynamique et à élargir la capacité d’absorption de cette main-d’œuvre en quête d’avenir.
GDIZ