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Le Bénin poursuit sa consolidation budgétaire tout en modernisant la mobilisation des recettes. Dans son Rapport Pays 2026, la Bad relève le recul du déficit public et les progrès de la fiscalisation de l’économie, mais souligne aussi les marges encore importantes pour accroître les recettes intérieures.
Digitalisation, élargissement de l’assiette, amélioration du rendement de la Taxe sur la valeur ajoutée (Tva) et meilleure efficacité de la dépense publique constituent les principaux chantiers identifiés par la Banque africaine de développement (Bad) pour renforcer la capacité budgétaire du Bénin. Dans son Rapport Pays 2026, l’institution confirme la poursuite de la consolidation des finances publiques. Après être passé de 3 % du Produit intérieur brut (Pib) en 2024 à 2,8 % en 2025, le déficit budgétaire devrait s’établir à 2,6 % en 2026, puis à 2,4 % en 2027.
Cette trajectoire intervient alors que le pays continue de financer ses investissements et de soutenir une croissance robuste. Pour la Bad, le maintien de la discipline budgétaire contribue à préserver la stabilité macroéconomique et la viabilité de la dette.
Les recettes fiscales progressent
L’un des principaux progrès relevés par le rapport concerne la mobilisation des recettes intérieures. Le nombre de contribuables est passé de 9 047 en 2020 à 43 424 en 2023, soit plus de quatre fois en trois ans. Dans le même temps, le ratio des recettes fiscales rapportées au Pib est passé de 10,2 % en 2020 à 13,9 % en 2025. Cette progression traduit les effets des réformes engagées pour élargir l’assiette, simplifier les procédures et améliorer la conformité fiscale.
Les performances restent toutefois contrastées. Les recettes non fiscales ont reculé de 2,1 % du Pib en 2020 à 1,3 % en 2025. Le rendement de la Tva plafonnait par ailleurs à 45 % de son potentiel en 2023, contre plus de 50 % au Cap-Vert et au Sénégal. Les exonérations, les insuffisances de facturation et les capacités d’audit limitées figurent parmi les facteurs relevés par la Bad.
Dépenses et investissements efficaces
La consolidation budgétaire ne repose pas uniquement sur les recettes. La Bad appelle aussi à améliorer l’efficacité de la dépense publique et de l’investissement. Le système béninois de gestion des finances publiques a enregistré des avancées avec le budget-programme, le renforcement des normes comptables, des contrôles internes et des dispositifs d’audit. Des lacunes subsistent néanmoins dans la passation des marchés publics et la reddition de comptes.
L’efficacité de l’investissement public demeure notamment perfectible. Le score d’efficacité des investissements publics est de 56 %, contre plus de 74 % au Ghana et au Cap-Vert. Le stock de capital public par habitant, estimé à 548,52 dollars Us en 2024, reste très inférieur à la moyenne africaine de 4 833 dollars Us.
Le Document de programmation budgétaire et économique pluriannuelle (Dpbep) 2027-2029 confirme parallèlement la priorité accordée à l’investissement. L’investissement public est projeté à 8,4 % du Pib en 2026, 8 % en 2027, 8,2 % en 2028 et 9,9 % en 2029.
Accroître les recettes
Les deux documents font ressortir une même nécessité : accroître progressivement la capacité de financement de l’État tout en préservant les équilibres budgétaires. Le gouvernement prévoit ainsi une progression du ratio des recettes fiscales à 14,5 % du Pib en 2026, 15 % en 2027, 15,5 % en 2028 et 16 % en 2029.
Le Dpbep prévoit notamment un déficit budgétaire de 3,1 % du Pib en 2026, 2,8 % en 2027, puis 2,7 % en 2028 et 2029, contre 2,6 % en 2026 et 2,4 % en 2027, selon le rapport de la Bad. Les deux documents convergent toutefois vers la nécessité de poursuivre la consolidation budgétaire et d’accroître la mobilisation des ressources.
Pour le Bénin, l’enjeu est désormais de transformer les progrès réalisés en capacité budgétaire durable. Cela passe par l’élargissement de l’assiette, un meilleur rendement des prélèvements existants, la digitalisation de la collecte, la valorisation des ressources naturelles et une dépense publique plus efficace.
L’objectif est de dégager les marges nécessaires au financement du capital humain et des investissements structurants, sans compromettre les équilibres des finances publiques.
Le numérique pour mieux collecter
La digitalisation apparaît comme un levier majeur pour accroître les recettes publiques. Télédéclaration, télépaiement, e-enregistrement, Identifiant fiscal unique (Ifu) et Taxe sur les véhicules à moteur (Tvm) ont déjà modernisé les opérations fiscales. La prochaine étape porte sur l’interopérabilité des systèmes, le partage des données, la facturation électronique et la déclaration des transactions en temps réel. La Bad recommande aussi de renforcer l’analyse des risques grâce aux données et à l’intelligence artificielle, afin de réduire la sous-déclaration et d’améliorer la conformité.
Le rendement de la Tva et la fiscalité foncière constituent également des gisements de recettes. La Bad préconise une meilleure exploitation des données de la facture normalisée, un contrôle davantage fondé sur les risques et la mise en place d’un cadastre numérique intégré. Elle identifie aussi des pistes de fiscalité liées au foncier, aux forêts, à la pêche et au climat, ainsi qu’une possible taxation à l’exportation de certaines matières premières agricoles non transformées, notamment la noix de cajou, le soja, l’ananas et le karité, pour encourager leur transformation locale.
Le Bénin réalise un grand progrès dans la mobilisation des recettes intérieures