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Evaluation des politiques publiques au Bénin: Moteur de l'efficacité selon les partenaires

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Laure Weisgerber, la directrice de l'Afd au Bénin réaffirme l'engagement de l'institution à soutenir les priorités  de développement du Bénin Laure Weisgerber, la directrice de l'Afd au Bénin réaffirme l'engagement de l'institution à soutenir les priorités de développement du Bénin

Croissance économique soutenue, réformes sectorielles, investissements publics… Pour consolider ces acquis, le Bénin développe progressivement une culture de l'évaluation des politiques publiques. Soutenue par l'Agence française de développement (Afd), cette approche vise à mesurer les résultats des réformes, à diffuser les innovations qui ont fait leurs preuves et à orienter les décisions publiques sur la base de données scientifiques plutôt que d'intuitions. 

Par   Babylas ATINKPAHOUN, le 10 juil. 2026 à 07h44 Durée 3 min.
#Laure Weisgerber

L'efficacité des réformes constitue désormais l'un des principaux défis des politiques publiques. Au Bénin, cette exigence prend une place croissante dans la conduite de l'action publique, où l'évaluation des programmes devient progressivement un outil d'aide à la décision. Soutenue par l'Agence française de développement (Afd), cette démarche vise à mesurer les effets des réformes, à identifier les expériences les plus concluantes et à orienter les investissements vers les actions les plus efficaces. Dans un contexte marqué par des ressources limitées et des besoins de développement croissants, il ne suffit plus de lancer des programmes ; encore faut-il s'assurer qu'ils produisent les résultats attendus. Le Bénin entend ainsi renforcer une culture de l'évaluation fondée sur des données probantes. Pour Thomas Melonio, chef économiste de l'Afd rencontré lors de l’école d’été organisée au Bénin par son institution, cette évolution traduit un changement de paradigme. « Des universitaires venus des États-Unis, d'Europe et d'Afrique travaillent sur l'innovation et l'évaluation des politiques publiques, notamment dans les domaines de la santé, de l'éducation et de l'agriculture. Ils sont spécialisés dans la mesure des résultats de développement et dans la manière d'améliorer les résultats des politiques publiques », explique-t-il.

L'évaluation s'appuie également sur les enseignements tirés d'expériences conduites dans d'autres pays. Thomas Melonio cite notamment le Ghana, où la gratuité de l'enseignement secondaire pour les jeunes filles a fait l'objet d'un suivi scientifique pendant quinze ans.

« Cette politique a eu des effets très positifs avec une réduction importante des grossesses précoces, une amélioration de la santé des jeunes femmes et de leurs enfants. Plus de dix ans après, les chercheurs constatent également des progrès chez les enfants des femmes qui avaient bénéficié de cette éducation gratuite », souligne-t-il. Autre illustration, l'approche pédagogique « Teaching at the Right Level », expérimentée en Inde avant d'être adaptée au Ghana et en Côte d'Ivoire. En adaptant les apprentissages au niveau réel des élèves, cette méthode permet de gagner jusqu'à une année d'apprentissage sur un cycle de cinq à six ans, selon le chef économiste de l'Afd. Pour Thomas Melonio, ces expériences montrent tout l'intérêt des évaluations d'impact. En comparant les résultats obtenus par un groupe bénéficiaire d'une réforme avec ceux d'un groupe témoin, les décideurs disposent d'éléments objectifs pour poursuivre, ajuster ou généraliser les politiques publiques les plus performantes.

Culture de l'évaluation

Cette approche trouve un terrain particulièrement favorable au Bénin. Si le pays affiche depuis plusieurs années des performances économiques remarquables, les autorités entendent désormais renforcer la qualité des politiques publiques en s'appuyant davantage sur des données probantes. Thomas Melonio rappelle que le Bénin figure régulièrement parmi les économies les plus dynamiques du continent. « Le Bénin est très souvent dans le Top 10, voire dans le Top 5 des pays africains pour la croissance économique. Sur les dix dernières années, le revenu moyen par habitant a progressé d'environ 50 % », a-t-il reconnu.  Toutefois, cette dynamique économique ne dispense pas de relever d'importants défis sociaux. L'espérance de vie, par exemple, demeure relativement faible au regard des performances économiques du pays. C'est précisément pour identifier ces écarts et comprendre les leviers d'amélioration que les comparaisons internationales deviennent utiles. Pour le chef économiste de l'Afd, l'évaluation scientifique permet ainsi d'aller au-delà des perceptions et de disposer d'éléments objectifs pour orienter les politiques publiques. Plus les données sont fiables, plus les décisions gagnent en pertinence. Le Bénin s'est d'ailleurs doté d'un cadre institutionnel qui conforte cette ambition. Le pays dispose d'une loi-cadre consacrée à l'évaluation des politiques publiques ainsi que d'une Direction générale de l'évaluation et de l'Observatoire du changement social, aujourd'hui placée sous la tutelle du ministère de l'Économie et des Finances. Cette organisation traduit une volonté politique affirmée d'intégrer l'évaluation dans le processus de décision publique. « Le Bénin est l'un des pays les plus en pointe pour organiser cette évaluation et s'assurer qu'elle est bien prise en compte avant de lancer des réformes », affirme Thomas Melonio. Selon lui, cette avance explique également pourquoi le pays bénéficie aujourd'hui d'une crédibilité suffisante pour accueillir des chercheurs internationaux et développer des collaborations scientifiques autour de l'évaluation des politiques publiques.

Partenaire de la performance publique

Cette culture de l'évaluation s'inscrit dans le partenariat entre le Bénin et l'Agence française de développement (Afd). Au-delà du financement des projets, l'institution accompagne les réformes publiques, encourage l'innovation et promeut une culture des résultats. « Au Bénin, nous avons investi depuis dix ans un milliard d'euros sur une quarantaine de projets actuellement en exécution. Les trois quarts de ces financements sont constitués de prêts souverains accordés à l'État à des conditions concessionnelles. Toutes nos interventions sont alignées sur les priorités définies par les autorités béninoises », explique Laure Weisgerber, directrice de l'Afd au Bénin. L'agence concentre notamment ses interventions sur la jeunesse, à travers l'enseignement secondaire, la formation professionnelle et l'insertion, avec une attention particulière portée à l'égalité de genre. Selon Laure Weisgerber, près de 150 000 lycéens bénéficient de ces investissements, tandis que plus de 1 000 Tpe-Pme sont accompagnées en financement et en conseil. L'énergie constitue le deuxième pilier de cette coopération. L'Afd soutient l'extension de l'accès à l'électricité et le développement des énergies renouvelables, notamment à travers le financement de la centrale solaire d'Illoulofin, à Pobè. « Environ 11 % de la population bénéficie aujourd'hui de l'accès à l'énergie grâce à ces financements, principalement dans les zones rurales. Par ailleurs, les projets soutenus contribuent à porter à près de 20 % la part des énergies renouvelables dans la consommation électrique du Bénin », précise la directrice de l'Afd.

Accompagnement ciblé

L'action de l'Afd s'étend également au secteur culturel, devenu l'un des axes majeurs de la stratégie de diversification économique du gouvernement. L'agence accompagne la construction du Musée d'Abomey, destiné à accueillir les trésors royaux restitués, ainsi que celle du Musée d'art contemporain de Cotonou. L'objectif est de favoriser l'émergence d'une véritable économie culturelle génératrice d'emplois. L'agriculture demeure un autre secteur prioritaire. Les interventions concernent notamment le développement de filières protéiniques dans les zones confrontées à la malnutrition, le soutien aux petits investissements productifs et l'accompagnement de la transition agroécologique, en particulier dans les bassins cotonniers du nord du pays. « Aujourd'hui, environ 80 000 agriculteurs bénéficient de ces différents projets », indique Laure Weisgerber.  À ces secteurs s'ajoute le développement urbain. L'Afd accompagne plusieurs villes du littoral dans les domaines de l'adaptation au changement climatique, de la lutte contre les inondations et de l'amélioration des infrastructures urbaines. Désormais, les investissements s'orientent progressivement vers les villes secondaires du nord du pays afin de réduire les disparités territoriales. « Dans le domaine de la santé, nous finançons, à travers notre Fonds d'innovation, un projet qui expérimente l'utilisation de chiens pour détecter certaines maladies, notamment le cancer du sein, grâce à leur odorat. Cette approche a déjà été testée dans d'autres pays, mais jamais encore sur le continent africain », annonce le chef économiste de l'Afd, Thomas Melonio. Cette innovation inédite, démarre les tout prochains jours au Bénin.

De la logique de financement à la logique d'impact

Pour les responsables de l'Afd, cette diversité d'interventions répond à une même ambition, celle de produire un impact durable sur les politiques publiques. « Nous sommes à la fois dans le financement des projets et dans le dialogue sur les politiques publiques. Lorsque nous mobilisons des financements budgétaires, il ne s'agit pas simplement de financer un projet, mais d'accompagner des réformes dont les décaissements sont conditionnés à l'atteinte d'indicateurs précis », explique Laure Weisgerber. Cette approche nourrit un dialogue permanent avec les autorités béninoises autour de la performance des politiques publiques.  Thomas Melonio estime que cette évolution traduit une transformation profonde du rôle des partenaires techniques et financiers. « Avant, les partenaires pensaient apporter un savoir technique à un pays. Aujourd'hui, il s'agit davantage de partager les bonnes pratiques entre différents pays, d'observer ce qui fonctionne ailleurs et de créer une véritable émulation entre les experts et les décideurs», souligne-t-il.  Cette philosophie repose sur un principe simple : les solutions les plus efficaces émergent souvent de l'échange d'expériences entre pays confrontés à des défis similaires. Les innovations mises en œuvre dans un État peuvent ainsi être adaptées dans un autre, à condition d'avoir été rigoureusement évaluées. Pour le chef économiste Thomas Melonio, le Bénin constitue aujourd'hui l'un des partenaires les plus dynamiques de l'Afd sur le continent. « Dans un contexte international marqué par la raréfaction des financements du développement, le Bénin tire particulièrement bien son épingle du jeu grâce à son dynamisme. Cela permet de financer un grand nombre de projets et de politiques publiques », observe-t-il. L'enjeu demeure également la capacité des projets à améliorer durablement les conditions de vie des populations. Pour Laure Weisgerber, cette exigence suppose un suivi rigoureux de leur mise en œuvre ainsi qu'une mobilisation constante des administrations, des collectivités territoriales, des organisations de la société civile et des partenaires techniques. « Notre rôle n'est pas de réaliser les projets à la place des acteurs béninois. Nous les finançons, nous les accompagnons et nous veillons, avec eux, à leur bonne exécution afin de délivrer de l'impact », insiste-t-elle.