La Nation Bénin...
Les responsables des centrales et confédérations syndicales ont pris connaissance des nouvelles orientations du président Romuald Wadagni pour redynamiser le dialogue social. Au cœur de cette démarche, une concertation permanente, une planification des revendications sur trois ans et la réhabilitation du siège des travailleurs.
Le gouvernement entend imprimer une nouvelle dynamique à ses relations avec les organisations syndicales. C'est le message porté par Rodrigue S. Chaou, ministre délégué chargé du Budget et de la Fonction publique, lors d'une rencontre avec les secrétaires généraux des centrales et confédérations syndicales à la Bourse du Travail, mercredi 4 novembre à Cotonou. Mandaté par Romuald Wadagni, le ministre est venu présenter trois orientations destinées à renouveler les modalités de concertation entre l'Exécutif et les partenaires sociaux. Cette rencontre ne constituait pas une séance de négociation sur les revendications en instance. Elle vise plutôt à établir les bases d'une nouvelle méthode de travail, dans laquelle les préoccupations des travailleurs seraient examinées suivant un cadre organisé, des priorités partagées et des échéances définies. La première orientation réaffirme la place du dialogue social dans la conduite de l'action publique. Selon le message transmis par Rodrigue Chaou, le chef de l'État entend faire de la concertation avec les travailleurs un principe de gouvernance. Les réformes touchant à la Fonction publique et au monde du travail devront ainsi être conduites avec la participation des organisations syndicales, dans le souci de préserver et de consolider les acquis sociaux.
La deuxième annonce porte sur le changement de méthode dans le traitement des revendications. Le gouvernement propose désormais de construire les discussions à partir des marges de manœuvre budgétaires disponibles, plutôt que de partir de propositions arrêtées à l'avance. A cet effet, une feuille de route triennale, actualisée chaque année, sera élaborée conjointement avec les centrales syndicales, en cohérence avec le cycle de préparation du budget de l'État. Le mécanisme envisagé devrait s'articuler autour d'une grande commission, de rencontres régulières et d'équipes techniques chargées d'examiner les différentes thématiques. Les préoccupations seront ainsi hiérarchisées et inscrites dans un calendrier de prise en charge réaliste. Leur mise en œuvre fera également l'objet d'un suivi et d'évaluations périodiques auxquels participeront les différentes parties. Cette perspective est favorablement accueillie par les responsables syndicaux. Pour Anselme Amoussou, secrétaire général de la Centrale des syndicats autonomes du Bénin (Csa-Bénin), la planification triennale devrait permettre de mieux organiser le traitement des revendications et d'assurer un suivi concerté des engagements. Il a notamment expliqué que les échanges devront déboucher sur une mise en œuvre consensuelle, accompagnée d'évaluations périodiques associant gouvernement et syndicats.
Adhésion des organisations des travailleurs
Au-delà des modalités de programmation, les représentants des travailleurs ont également fait valoir des préoccupations relatives aux libertés syndicales, individuelles et collectives. Pour Anselme Amoussou, la nouvelle dynamique annoncée doit s'accompagner d'un environnement favorable à l'exercice des droits syndicaux et à la libre expression des travailleurs. Une préoccupation qui rappelle que la qualité du dialogue social ne se mesure pas seulement à la capacité des parties à trouver des compromis sur les revendications matérielles, mais aussi à la liberté dont disposent les organisations pour défendre leurs mandants. Du côté de la Confédération générale des travailleurs du Bénin (Cgtb), son secrétaire général, Moudachirou Bachabi, a salué l'ouverture manifestée par le nouvel Exécutif et l'implication du chef de l'État dans cette démarche. Il a toutefois laissé entendre que la confiance des partenaires sociaux dépendra du respect effectif de l'approche annoncée. « Si l'approche est respectée, on ne devrait plus douter de ce que nous allons coopérer avec le gouvernement», a-t-il déclaré. La Confédération des organisations syndicales indépendantes du Bénin (Cosi-Bénin), par la voix de Codjo Hinlin, son secrétaire général, a également exprimé sa satisfaction à l'issue des échanges. Les responsables syndicaux ont, par ailleurs, évoqué le règlement récent de plusieurs dossiers et les avancées enregistrées dans le recrutement progressif des Aspirants au métier d'enseignant (Ame).
Le troisième message présidentiel concerne les infrastructures de la Bourse du Travail. Le gouvernement envisage la réhabilitation et l'extension de ce bâtiment, sous réserve des conclusions des études techniques préalables. Le projet devrait être inscrit au Programme d'action du gouvernement (Pag), avec la mobilisation des ressources financières et de l'accompagnement technique nécessaires. Cette annonce répond à une attente ancienne des organisations syndicales, pour lesquelles la Bourse du Travail représente bien davantage qu'un simple bâtiment administratif. Elle constitue un espace de rencontre, de concertation et d'expression des travailleurs. Une visite guidée des locaux a d'ailleurs permis au ministre Rodrigue Chaou de constater leur état ainsi que les besoins en matière de maintenance et d'aménagement.
Au terme de la rencontre, le gouvernement et les centrales syndicales affichent une volonté commune de donner un nouvel élan à leurs relations. La démarche proposée par Romuald Wadagni entend inscrire le dialogue social dans une logique de programmation, de prévisibilité et de responsabilité partagée. Pour les organisations syndicales, l'ouverture est appréciable, mais sa crédibilité se mesurera à la traduction des annonces en décisions concrètes.
La mise en place des instances prévues, l'élaboration de la première feuille de route et le respect des engagements constitueront ainsi les premiers indicateurs de cette nouvelle orientation. Au-delà de la méthode, c'est donc la confiance entre l'État et les partenaires sociaux qui se trouve au cœur de cette démarche.
Elaborer la première feuille de route pour le respect des engagements