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Bénin: Une architecture politique en pleine mutation

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Au-delà des échéances électorales, c’est l’architecture même du pouvoir politique béninois qui se transforme Au-delà des échéances électorales, c’est l’architecture même du pouvoir politique béninois qui se transforme

Le Bénin s’apprête à entrer dans une nouvelle séquence décisive de son histoire politique. À l’issue du cycle électoral en cours, une nouvelle assemblée nationale de 109 députés s’installera dans les tout prochains jours, de même que de nouveaux exécutifs locaux. Pour nombre d’entre ces élus, il s’agira d’un premier mandat, entamé dans un contexte institutionnel inédit, marqué par l’allongement de la durée des mandats à sept ans et par une recomposition visible des élites politiques.

Par   Josué F. MEHOUENOU, le 21 janv. 2026 à 04h15 Durée 3 min.
#Bénin #actualité politique #Assemblée nationale

Au Bénin, la nouvelle législature qui se mettra en place sous peu ne constitue pas un simple renouvellement arithmétique des élus. Elle symbolise un changement générationnel et structurel au sommet de l’État, avec l’arrivée massive de nouveaux visages, pas ou peu connus du grand public, appelés à exercer le pouvoir législatif sur une période longue, exigeante et structurante pour l’avenir du pays. Avec 109 députés investis pour sept ans, l’Assemblée nationale devient plus que jamais un pilier central de la gouvernance publique. Le temps long du mandat offre, en théorie, les conditions d’un travail parlementaire plus approfondi avec à la clé, l’élaboration de lois structurantes, le contrôle de l’action gouvernementale, le suivi des politiques publiques et la représentation durable des préoccupations citoyennes. Cependant, cette longévité du mandat pose également des défis. Beaucoup de ces nouveaux élus découvrent les rouages du Parlement sans avoir nécessairement fait leurs classes dans des fonctions électives antérieures. La capacité de cette Assemblée à monter en compétence rapidement, à s’imposer comme un contrepoids institutionnel crédible et à répondre aux attentes sociales sera déterminante. On est en droit et à raison, de s’interroger sur les capacités de ces nouveaux venus qui feront leurs armes sous peu au Palais des gouverneurs. Dans un contexte politique qui ne jure désormais que par le développement, avec des dispositions antérieures pour donner vie à un tel vœu, il est fort à parier que les élus de la dixième assemblée parlementaire ne passent pas un mandat aisé.

Collectivités locales, l’autre chantier majeur

Parallèlement à l’installation du Parlement, le pays attend la liste des futurs conseillers et la désignation des futurs exécutifs communaux et municipaux ainsi que des maires, dont les noms seront connus dans les jours et semaines à venir. Eux aussi exerceront un mandat de sept ans, une durée appelée à renforcer la stabilité et la continuité de l’action publique au niveau local. Ces élus de proximité portent de lourdes responsabilités. Le développement local, longtemps perçu comme le parent pauvre de la gouvernance, est désormais au cœur des attentes citoyennes. Accès aux services de base, infrastructures, emploi local, aménagement du territoire et participation communautaire. La question centrale est de savoir si ces nouveaux élus du peuple sauront mieux s’occuper du développement local, avec efficacité, innovation et proximité, là où leurs prédécesseurs ont parfois peiné. Visiblement oui! Dira-t-on d’emblée si l’on s’en tient aux outils et instruments en place. Il n’est en effet plus un secret dans le pays, que la gouvernance locale se fonde depuis peu sur une nouvelle charpente censée faire le lit du développement à la base. Laquelle s’expérimente non sans fascination avec les fameux secrétaires exécutifs des mairies, dépositaires d’un pouvoir inhabituel.

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Une architecture politique en pleine mutation

L’année électorale sera marquée par un autre événement majeur. En avril, le président Patrice Talon achèvera son deuxième et dernier mandat constitutionnel. Conformément à la loi fondamentale, une nouvelle élection présidentielle désignera un chef de l’État pour un mandat de sept ans renouvelable. Cette transition ouvre une page nouvelle. Elle marque la fin d’un cycle politique entamé depuis la Conférence nationale de 1990 et pose la question de l’héritage, de la continuité ou de la rupture. Le futur président héritera d’un cadre institutionnel profondément réformé, de transformations majeures dans le pays, mais aussi d’attentes sociales fortes.

Au-delà des échéances électorales, c’est l’architecture même du pouvoir politique béninois qui se transforme. On assiste à la disparition progressive des anciens détenteurs de la souveraineté politique, figures historiques qui ont longtemps façonné les équilibres et les rapports de force. Leur retrait, volontaire ou contraint, laisse place à une nouvelle configuration. Dans ce paysage en recomposition, émergent deux grandes catégories d’acteurs politiques. D’un côté, des responsables qui n’ont pas véritablement fait leurs classes ni leurs preuves dans des parcours politiques ou administratifs solides, mais qui accèdent néanmoins à des fonctions stratégiques. De l’autre, une catégorie intermédiaire, composée d’acteurs plus expérimentés, jouant un rôle de médiateurs entre l'ancienne génération et la nouvelle, tentant d’assurer une forme de continuité institutionnelle et de transmission du savoir politique.

Ce bouleversement présente des opportunités indéniables dont entre autres le renouvellement des idées, le rajeunissement des élites, l’ouverture à de nouveaux profils. Mais il comporte aussi des risques. Une classe politique insuffisamment préparée peut fragiliser la qualité du débat démocratique, affaiblir l’efficacité de l’action publique et accentuer la distance entre gouvernants et gouvernés. La réussite de cette nouvelle phase dépendra donc de la capacité des institutions à encadrer, former et responsabiliser ces acteurs, mais aussi de l’exigence citoyenne à l’égard de leurs engagements. À l’aube de cette nouvelle ère, députés, élus locaux et futur président portent une responsabilité historique. Celle de prouver que la stabilité institutionnelle et la durée des mandats peuvent rimer avec efficacité, inclusion et développement. Celle, surtout, de démontrer que la recomposition politique en cours n’est pas une simple redistribution des rôles, mais bien un levier de progrès démocratique et social pour le Bénin. Les années à venir diront si cette mutation profonde aura permis d’installer durablement une gouvernance plus mature, plus proche des citoyens et plus tournée vers l’avenir.

Un Parlement en terrain balisé

À l’image de la législature issue des élections de 2019, le prochain Parlement béninois s’annonce comme un bis repetita politique. Les 109 sièges de l’Assemblée nationale seront exclusivement occupés par deux partis issus de la galaxie présidentielle, consacrant une configuration institutionnelle désormais bien connue. Cette réalité offre au pouvoir exécutif une majorité parlementaire confortable, propice à la stabilité et à la célérité dans l’adoption des textes. Mais elle relance également le débat sur le pluralisme politique, la diversité des sensibilités représentées et la capacité du Parlement à incarner toute la richesse du débat démocratique national. Comme en 2019, l’absence de forces politiques d’opposition au sein de l’hémicycle pose la question du rôle du Parlement en tant que lieu de contradiction, de contrôle et de délibération. Un enjeu majeur pour une institution appelée à légiférer durant sept années et à accompagner une transition présidentielle déterminante pour l’avenir du pays.

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