La Nation Bénin...
En allégeant les redevances des marchés urbains, régionaux et pôles commerciaux, le gouvernement de Romuald Wadagni ne se contente pas d'un geste financier envers les commerçantes. Il pose, dans le même mouvement, les bases d'un nouveau contrat entre l'État et les usagers des marchés : moins de charges, en échange d'une discipline de paiement retrouvée.
Les nouveaux tarifs, applicables dès la fin juillet, viennent s'ajouter à une subvention étatique déjà en vigueur sur l'ensemble des infrastructures marchandes du pays. Selon les précisions données à l'issue du Conseil des ministres de ce mercredi, cette double intervention, subvention et baisse tarifaire, traduit la volonté du chef de l'État de replacer le pouvoir d'achat des commerçantes au centre de l'action publique, sans pour autant fragiliser l'équilibre financier de l'Agence nationale de gestion des marchés (Anagem).
« Le président ne nous a pas seulement baissé la redevance, il nous a expliqué pourquoi. C'est la première fois qu'on nous parle comme des partenaires et non comme de simples payeuses», observe Solange Amoussou, vendeuse de produits maraîchers au marché de Houndjro.
Le message porté par l'exécutif est sans ambiguïté : la baisse des redevances est un acte de confiance envers les femmes marchandes, doléance historique portée depuis la campagne électorale de Romuald Wadagni. Mais cette confiance appelle, en retour, une responsabilité civique clairement assumée. Les recettes issues des redevances demeurent en effet le principal levier de financement de l'entretien, de la sécurisation et de la modernisation des infrastructures marchandes à travers le pays.
Un cercle vertueux attendu
« On nous a souvent dit que baisser les redevances allait affaiblir les marchés. C'est l'inverse qui va se produire, parce que des redevances justes se paient plus facilement, et donc plus régulièrement», veut croire Henriette Toko, trésorière d'une association de commerçantes au marché de Cococodji.
Le gouvernement a été clair sur ce point : après cet effort financier de l'État, la tolérance vis-à-vis des arriérés de paiement ne sera plus de mise. L'Anagem, agence chargée de la gestion quotidienne des marchés, sera mobilisée pour garantir le respect de la nouvelle grille tarifaire et faire reculer les retards de paiement qui avaient fini par s'accumuler ces dernières années, fragilisant à la fois les finances de l'agence et l'entretien des sites marchands.
« On comprend que ce n'est plus le moment de traîner les pieds. La redevance est devenue raisonnable, donc chacune de nous a le devoir de payer à temps», reconnaît volontiers Éléonore Sossou, commerçante de vivriers au marché d'Azovè, consciente des enjeux d'entretien des infrastructures dont elle profite au quotidien.
Pour les autorités, l'objectif est de sortir d'une spirale où des redevances jugées trop lourdes entraînaient des impayés, qui eux-mêmes limitaient les capacités d'entretien des marchés, renforçant en retour le sentiment d'injustice chez les commerçantes. La baisse décidée ce mercredi vise à enclencher la dynamique inverse: des tarifs plus supportables, des paiements plus réguliers, et donc des marchés mieux entretenus au bénéfice de tous les usagers.
Une mesure suivie de près sur le terrain
« C'est un cercle vertueux qu'on veut installer. Ce n'est pas une faveur ponctuelle, c'est un nouveau pacte avec les commerçantes du pays », résume un cadre de la Direction de la communication de la présidence, chargé du suivi de ce dossier.
Les associations de marchandes, largement consultées ces derniers mois, se disent prêtes à jouer le jeu de cette nouvelle discipline financière, à condition que la baisse annoncée soit effectivement appliquée dès la fin du mois de juillet, comme promis par le gouvernement.
« On va être au rendez-vous du paiement, comme le président a été au rendez-vous de sa promesse», assure Antoinette Houngbédji, vendeuse de pagnes au marché de Ganhi, résumant à elle seule l'esprit de confiance retrouvée qui semble aujourd'hui animer les marchés du Bénin.
Au-delà de la seule question tarifaire, cette réforme illustre une manière de gouverner fondée sur l'écoute des doléances de terrain et sur la recherche d'un équilibre entre allègement des charges et responsabilité collective. Pour de nombreux observateurs proches du dossier, elle pourrait servir de modèle à d'autres réformes touchant le secteur informel, où la confiance entre administration et usagers reste souvent à construire.
Les autorités entendent, dans les semaines à venir, multiplier les rencontres avec les associations de marchandes afin d'accompagner la mise en œuvre de la mesure et de rappeler, marché par marché, l'importance du respect des nouveaux échéanciers de paiements auprès de l'Anagem.
Les usagers des marchés dans l'attente des nouvelles redevances